Sense and Sensibility

(Raison et sentiments)

Sense and Sensibility (traduit en français par Raison et Sentiments, ou encore Le Cœur et la Raison) est le premier roman publié de la femme de lettres anglaise Jane Austen. Il paraît en 1811 de façon anonyme puisqu'il était signé by a Lady ("[signé] par une dame"). En effet, sa position sociale interdisait à Jane Austen de signer de son nom un roman destiné à la vente, mais elle ne voulait pas cacher qu'il était l'œuvre d'une femme.

Le texte initial, écrit vers 1795, probablement sous forme épistolaire, avait pour titre le nom des deux héroïnes, Elinor et Marianne, comme beaucoup de romans écrits par des femmes au XVIIIe siècle, mais le choix du titre définitif, pour la publication en 1811, semble indiquer une volonté didactique. Marianne Dashwood, ardente et romanesque, qui croit passionnément pouvoir s'affranchir des convenances, s'affiche avec le séduisant Willoughby dont elle est tombée amoureuse, tandis que sa sœur aînée, la raisonnable Elinor, cache le tendre sentiment que lui inspire son beau-frère, Edward Ferrars. Marianne devra apprendre à surmonter la trahison des sentiments, dans la douleur et avec l'aide de sa sœur, qui, de son côté, refuse stoïquement de rêver et se dévoue à sa famille.

Publié par Thomas Egerton, et à compte d'auteur, à l'automne 1811, le roman est accueilli plutôt favorablement et paraît en français dès 1815, dans la traduction/adaptation d'Isabelle de Montolieu, sous le titre Raison et sensibilité, ou Les deux manières d'aimer. La traduction de Sensibility en français semble poser problème, puisque les traductions modernes hésitent entre sentiments et cœur. Mais les adaptations, que ce soit celle pour le cinéma d'Ang Lee (scénario d'Emma Thompson) en 1995, ou celle pour la télévision d'Andrew Davies en 2008, sont connues en français sous le titre Raison et Sentiments.

Le choix du titre

Aucun des trois romans de jeunesse de Jane Austen ne sera publié sous son titre initial. Sense and Sensibility a d'abord existé sous le nom d'Elinor and Marianne, dans les années 1795, vraisemblablement sous la forme d'un échange de lettres entre deux sœurs, si l'on en croit les souvenirs de sa nièce, Caroline Austen, en 1869 : « Memory is treacherous, but I cannot be mistaken in saying that Sense and Sensibility was first written in letters, and so read to her family » (Notre mémoire peut nous tromper, mais je ne crois pas faire erreur en disant que Sense and Sensibility a d'abord été écrit sous forme de lettres, et lu ainsi à sa famille). Et sa sœur Cassandra est sûre que la rédaction du texte tel que nous le connaissons a débuté en novembre 1797.

Le titre Sense and Sensibility semble opposer les deux termes liés par l'allitération, mais les deux mots ont la même racine étymologique. Et l'auteur, qui, comme le rappelle Tony Tanner, a déjà assez de maturité pour savoir que chez les êtres humains les qualités « n'existent pas à l'état pur, mais sont mélangées entre elles, créant parfois des configurations hautement improbables », prend la peine de prévenir son lecteur dès le début du roman que Marianne est « sensée et intelligente » (« sensible and clever ») et qu'Elinor éprouve des sentiments profonds (« her feelings were strong »). Comme dans Pride and Prejudice, il n'y a pas de développement manichéen de l'intrigue : ce qui différencie les deux sœurs, ce n'est pas leur nature, mais la façon dont elles composent avec elle, car le sujet du roman est, dans une certaine mesure, le drame créé par la tension entre l'instabilité potentielle de l'individu et la stabilité indispensable au fonctionnement de la société. Ainsi, Marianne (17 ans) ne supporte pas de devoir réfréner ses impulsions, alors qu'Elinor (19 ans) maintient toujours le contrôle de sa raison sur ses sentiments, quoi qu'il lui en coûte. Les sentiments exacerbés, la complaisance envers l'affectivité, voilà la cible de l'auteur10, et non la sensibilité en elle-même, puisque les personnages sympathiques du roman sont tous des êtres sensibles et de grand cœur. Pour Jane Austen, la sensibilité est bien une qualité humaine essentielle, mais elle ne doit pas être un principe de conduite, et Marianne devra apprendre à « gouverner ses sentiments », à l'image de sa sœur, si elle veut survivre.

Il existe cinq traductions en français à ce jour :

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