D'après le roman de Jane Austen.


Distribution :

Sally Hawkins

Anne Elliot

Rupert Penry-Jones

le capitaine Frederick Wentworth

Anthony Head

Sir Walter Elliot

Julia Davis

Elizabeth Elliot

Amanda Hale

Mary Elliot

Tobias Menzies

William Elliot

Sam Hazeldine

Charles Musgrove

Rosamund Stephen

Henrietta Musgrove

Jennifer Higham

Louisa Musgrove

Stella Gonet

Mrs Musgrove

Nicholas Farrell

Mr Musgrove

Peter Wight

L’amiral Croft

Marion Bailey

Mrs Croft

Alice Krige

Lady Russell

Josepf Mawle

Le capitaine Harry Harville

Finlay Robertson

Le capitaine James Benwick

Maisie Dimbleby

Mrs Smith

Mary Stockley

Mrs Clay

Synopsis :

Ce film d’une durée de 93 minutes a été réalisé par Adrian Shergold sur un scénario de Simon Burke.

Ce film est très élégant, bien joué et bien tourné. Cependant la vérité impose de dire que de nombreuses libertés ont été prises avec le livre. Ceci étant dit, il faut reconnaitre un vrai charme au film en dépit de petits défauts qui, s’ils sont nombreux, ne gâchent en rien l’esprit du livre. Cette adaptation ne raconte pas franchement le roman de Jane Austen, il en restitue l’atmosphère et c’est ce qui pour moi en fait tout son charme. Il faut noter que le film fut nommé 5 fois pour des récompenses dans deux festivals et qu’il a remporté trois titres dont deux pour l’actrice principale Sally Hawkins.

Avant d’étudier les divergences entre le livre et le film, il faut parler rapidement du casting.

Le capitaine Wentworth interprété par Rupert Perry Jones est plutôt sympathique à regarder et Sally Hawkins est elle aussi jolie mais les réalisateurs n’ont pas su montrer l’évolution physique progressive d’Anne ni lui redonner ce qui est important pour Jane Austen la beauté de sa jeunesse. Elle est belle mais la transformation n’est pas assez spectaculaire et c’est réellement le gros défaut de ce film.

Les différences entre le livre et le film :

Les différences entre le film et le livre sont nombreuses et la situation de certains passages du livre ou dialogues est très surprenante. Je veux dire par là que certains dialogues très importants dans le livre sont déplacés et pour ceux qui connaissent bien le livre c’est assez déroutant.

Cependant la durée relativement courte du film obligeait à trancher rapidement dans l’histoire. Faire la liste des différences entre le livre et le film serait trop longue à dresser. On ne peut pas dire que beaucoup de choses aient été oubliées. Qu’à cela ne tienne tout y est ou presque et c’est l’essentiel.

Il y quelques petits points cependant qu’il faut souligner.

Le livre est axé sur Anne Elliot, sa beauté fanée, le retour de son amour et le renouveau de la fraicheur de sa jeunesse.

Dans le film on comprend tout de suite qu’Anne Elliot est toujours amoureuse du Capitaine Wentworth et par le biais de son journal intime qui sert de fil rouge au film on voit la transformation d’Anne s’opérer peu à peu. Ce qui gêne justement c’est le « peu à peu », mais surtout le "pas assez", qui est flagrant dans ce film. Je ne conteste pas le choix de Sally Hawkins pour le rôle d’Anne Elliot. Les scénaristes n’ont pas su montrer assez clairement la transformation profonde de cette jeune femme. Toute sa jeunesse a été gâchée par sa décision de rompre ses fiançailles. Elle a certainement regretté peu de temps après avoir été convaincue par sa grande amie Lady Russell qui se faisait la porte parole de sa famille.

Anne est devenue triste et terne pas tant par la perte de sa beauté mais plutôt par une vraie lassitude dans son envie de vivre. Sa joie naturelle, l’éclat de sa beauté, tout est parti en même temps que son fiancé. Elle a rompu pour sa famille et non parce qu’elle n’aimait plus le capitaine. Elle s’est éteinte peu à peu, étiolée comme une plante négligée privée d’eau et de soleil.

Début du film : elle est triste et seule.

Fin du film : elle est semble-t-il heureuse car amoureuse.

Elle a retrouvé le sourire c’est vrai mais c’est tout. Pour une jeune femme amoureuse et qui plus est de bonne famille, c’est pour le moins peu convaincant. C’est une des vraies faiblesses du scénario.

Le capitaine Frederick Wentworth dont les apparitions ne sont pas assez nombreuses à mon gout, est quant à lui trop sérieux, trop renfermé. Dans le livre on nous présente un jeune homme très aimable, très affable à la limite du bon vivant. Dans ce film, il est triste, rancunier au premier regard et quasiment sans réaction devant son ancienne fiancée. Son attitude évolue dans le film mais c’est long à venir.

Cependant à la décharge des deux acteurs, même si on ne sent pas cette alchimie palpable tout de suite entre les deux héros de la version de 1995, leur jeu est malgré tout excellent. En effet, les regards qu’ils échangent quand ils se voient ou quand ils s’épient mutuellement sont d’une intensité extraordinaire. Le regard que jette le capitaine sur Anne quand elle est au piano ou quand elle lui apprend que des fiançailles entre M. Elliot et elle n’existent pas, sont d’une tendresse et d’une beauté extraordinaire. Je crois que bien des cœurs de janéites (ou pas d’ailleurs) fondraient devant un tel regard, promesse de tant de belles choses à venir.

Ce que j’ai beaucoup aimé dans cette version, c’est l’accent mis sur la profonde amitié qui lie le Capitaine Wentworth et le Capitaine Harville. On les sent très proches, très complices, un peu comme des frères qui se disent tout. Cela nous vaut des scènes de franche camaraderie, d’amitié virile et de plaisanterie subtile.

Il y a dans ce film une scène essentielle, qui aurait permis à notre héroïne si ladite scène avait existée dans le livre, de comprendre que le Capitaine Wentworth était tellement amoureux d’elle qu’il avait parlé de ses sentiments à son meilleur ami donnant même le prénom de son ex-fiancée. Quand le capitaine Wentworth présente ses amis aux capitaines Harville et Benwick, il nomme chacun des membres de la famille terminant par « Melle Elliot » tout en baissant les yeux.

C’est à ce moment précis, avec un petit air moqueur et en même temps complice et amical, le regard pétillant de malice que le capitaine Harville demande : Melle Anne Elliot ?

Anne jette un coup d’œil furtif au capitaine Frederick Wentworth qui fuit le regard de tout le monde et répond simplement : c’est exact ! Alors là, le sourire éclatant du capitaine Harville aurait dû surprendre non seulement Anne mais aussi sa famille. Comment un parfait inconnu pour tout le monde pourrait-il connaitre Anne Elliot ? Après un très amusant : « Epatant » de la part du capitaine Harville, on voit que Frederick est mal à l’aise car sans le savoir, il vient d’être gentiment trahi par son meilleur ami qui révèle à la douce Anne que son fiancé a parlé d’elle avec ses camarades de la marine.

C’est une preuve supplémentaire de son attachement dans le passé.

A noter aussi que dans cette version on ne voit jamais les capitaines et l’amiral en uniforme. Cela respecte les consignes qu’avaient les marins de ne jamais porter l’uniforme quand ils étaient à terre sauf bien sûr quand ils sont dans l’exercice de leur métier.

Mais il est une chose qui est à mon avis impardonnable aux scénaristes, c’est l’impasse faite sur la lettre du capitaine pour Anne. Sachant que l’échange sur le mérite comparé de la constance des hommes et des femmes en amour est placé au moment où le Capitaine Benwick et Anne discute à l’auberge, il a été difficile de "raccrocher" la lettre au reste de l’intrigue. Cette lettre est l’élément qui déclenche tout dans le cœur d’Anne. Elle est désormais sûre à la lecture de la lettre que les sentiments qu’elle éprouve pour Frederick sont de nouveau partagés. Dans le livre Anne a besoin de temps pour reprendre ses esprits alors que dans ce film, après avoir croisé brièvement son amie Mme Smith, elle part dans une course effrénée pour retrouver Frederick.

Cette cavalcade pour aussi peu austinienne qu’un Smartphone au milieu du film peut vouloir dire qu’Anne laisse enfin derrière elle toutes les règles strictes de son univers quotidien et court à fond pour enfin saisir sa chance de bonheur. Sa hâte serait enfin la preuve qu’elle veut rattraper le temps perdu.

Pour Mémoire je retranscris la lettre.

Je ne puis me taire plus longtemps. Il faut que je vous écrive. Vous me percez le cœur ! Ne me dites pas qu’il est trop tard ! Que ces précieux sentiments sont perdus pour toujours. Je m’offre à vous avec un cœur qui vous appartient encore plus que lorsque vous l’avez brisé il y a huit ans. Ne dites pas que l’homme oublie plus tôt que la femme, que son amour meurt plus vite. Je n’ai jamais aimé que vous. Je puis avoir été injuste, j’ai été faible et vindicatif, mais jamais inconstant. C’est pour vous seule que je suis venu à Bath, c’est à vous seule que je pense ; ne l’avez-vous pas vu ? N’auriez-vous pas compris mes désirs ? Je n’aurais pas attendu depuis dix jours, si j’avais connu vos sentiments comme je crois que vous avez deviné les miens. Je puis à peine écrire. J’entends des mots qui m’accablent. Vous baissez la voix, mais j’entends les sons de cette voix qui sont perdus pour les autres. Trop bonne et trop parfaite créature ! vous nous rendez justice, en vérité, en croyant les hommes capables de constance. Croyez à ce sentiment inaltérable chez F. W. "Il faut que je parte, incertain de mon sort : mais je reviendrai ici, ou j’irai vous rejoindre. Un mot, un regard suffira pour me dire si je dois entrer ce soir ou jamais chez votre père."

I can listen no longer in silence. I must speak to you by such means as are within my reach. You pierce my soul. I am half agony, half hope. Tell me not that I am too late, that such precious feelings are gone for ever. I offer myself to you again with a heart even more your own than when you almost broke it, eight years and a half ago. Dare not say that man forgets sooner than woman, that his love has an earlier death. I have loved none but you. Unjust I may have been, weak and esentful I have been, but never inconstant. You alone have brought me to Bath. For you alone, I think and plan. Have you not seen this? Can you fail to have understood my wishes? I had not waited even these ten days, could I have read your feelings, as I think you must have penetrated mine. I can hardly write. I am every instant hearing something which overpowers me. You sink your voice, but I can distinguish the ones of that voice when they would be lost on others. Too good, too excellent creature! You do us justice, indeed. You do believe that there is true attachment and onstancy among men. Believe it to be most fervent, most undeviating, in F. W. "I must go, uncertain of my fate; but I shall return hither, or follow your party, as soon as possible. A word, a look, will be enough to decide whether I enter your father's house this evening or never."

A la fin du film, quand il lui offre en cadeau de mariage, le château de son enfance, même si c’est totalement hors sujet, cela tend à prouver qu’il veut lui conserver son style de vie. Elle garde son environnement familier, il sauve le père d’Anne grâce à son argent et il s’intègre tout doucement dans la vie de son épouse.

Les personnages masculins :


Frédérick Wentworth

(Rupert Penry-Jones)

Le rôle masculin principal est magistralement interprété par Rupert Penry-Jones. Il a 37 ans quand il accepte ce rôle de marin de retour à terre en cette courte période de paix. Il est de 10 ans plus vieux que dans le livre mais son physique très agréable ne le laisse pas deviner.

Dès le début de leur première rencontre, il est froid, distant et taciturne avec Anne. En un mot il est rancunier. Il n’accepte toujours pas sa décision huit ans auparavant et il est bien décidé à le lui faire comprendre. Comme dans les autres versions, les scénaristes se servent des repas et ballades en famille pour essayer de faire comprendre à son ex-fiancée ce qu’il ressent.

La scène au cours du repas où il explique le décès de l’épouse de Benwick qui essayait de faire fortune dans la marine est toute en délicatesse. Il explique qu’il est arrivé trop tard pour revoir son épouse et son regard mélancolique, les coups d’œil que lui lance Anne prouvent à eux seuls que cette conversation n’est destinée qu’à lui faire comprendre son amertume.

Lors de la promenade alors qu’il flirte ouvertement avec Louisa, il est le premier à se précipiter pour la relever lorsqu’elle chute.

Il est également surpris lorsqu’il apprend qu’Anne a refusé Charles Musgrove en mariage. On sent que son regard sur elle commence doucement à changer.

Quand sa sœur arrive avec l’amiral dans leur calèche, il prend, si je puis dire, les choses en main. Il demande doucement à Mme Croft de prendre Anne avec eux. Quand il s’approche d’elle il le fait avec une douceur teintée de fermeté et il l’aide très galamment à monter à l’arrière de la voiture.

Son attitude change lors de la ballade sur le Cobb quand il verra le regard du futur Mr Eliott. La scène est beaucoup plus courte que dans les autres versions à la limite fugitive et on devine ce qui se passe en lui car nous connaissons l’œuvre originale. Sans cela ce n’est guère évident de deviner les sentiments de Frederick. Les scènes sont filmées de loin et les attitudes du capitaine sont invisibles. Il se retourne franchement une nouvelle fois mais ce n’est qu’à peine visible dans le film.

Lors de l’accident de Louisa, scène d’ailleurs assez courte, il est au contraire des autres adaptations le premier à réagir. Il prouve à tous que c’est un meneur d’hommes apte à prendre des décisions rapides et efficaces. Ce sens inné de la réaction appropriée a toujours été mis de côté dans les autres versions, donnant des airs de faiblesse qui ne correspondent pas à la fonction de capitaine. Il défait sa cravate et en fait tout de suite un pansement pour étancher le saignement de la plaie à la tête.

Il comprend tout de suite que la seule qui sera capable de l’aider c’est Anne. Elle donne des consignes à tout le monde et quand elle l’aide à maintenir le pansement sur la tête de Louisa, leurs mains se frôlent et leurs regards se trouvent franchement pour la première fois.

A l’auberge, il sera le témoin impuissant de la crise de jalousie de Marie. Peut-être comprend-il que dans la famille Elliot la douceur et la gentillesse d’Anne compte pour pas grand-chose dans les décisions qu’elle est amenée à prendre.

Il réalise qu’il s’est fourvoyé dans ses sentiments quand le capitaine Harville lui fait comprendre que tout le monde le croit amoureux de Louisa. A sa réaction on se rend compte que seul l’honneur le forcera à l’épouser. Il est accablé de découvrir qu’il est quasiment engagé envers une autre.

Quelques semaines plus tard quand il retourne voir son ami Harville, il lui confesse ses sentiments envers Anne. Il lui avoue s’être trompé et qu’il va devoir épouser Louisa contre sa propre volonté. Son ami lui apprend alors que Louisa est fiancée à Benwick et la joie qui illumine son visage montre à quel point il est soulagé. Sous la pluie et les vagues ils tombent dans les bras l’un de l’autre, Harville heureux pour son ami, Frederick enfin libre d’exprimer ses sentiments.

Quand il rencontre par hasard Anne dans une boutique de Bath, ils discutent tous les deux des amours de Louisa et Benwick et on sent rapidement une certaine complicité s’établir entre eux allant jusqu’à rire d’une plaisanterie sur la poésie.

L’arrivée inopportune de M. Elliot le contrarie visiblement et leur échange de politesse glacial montre bien qu’ils se sentent rivaux très rapidement.

Quand ils se retrouvent au concert, il est heureux de la voir et essaie de lui parler mais au moment où il se décide, l’arrivée de Lady Dalrymple les sépare et l’empêche de se déclarer.

Pour le conforter dans son silence il entend une réflexion anodine de sa sœur parlant d’un futur mariage et il est convaincu qu’Anne sera bientôt mariée à M. Elliot.

Il part sans beaucoup de discrétion et Anne se lance à sa poursuite pour le rattraper. Alors qu’elle essaie de lui parler, il semble apercevoir M. Elliot qui arrive dans le couloir. Son regard en dit long sur sa jalousie naissante. Il la quitte le regard fermé et triste.

Le lendemain du concert Anne reçoit un courrier du capitaine Wentworth lui annonçant sa visite.

Quand il arrive à Camden Place elle le reçoit dans un petit salon et Frederick lui explique que l’amiral est prêt à déménager pour lui laisser Kellynch Hall après son mariage avec M. Elliot. Son regard est dur, fermé et plein de colère teintée de tristesse. Quand Anne lui dit très surprise qu’il n’y a rien de vrai dans cette rumeur, son regard s’illumine et un léger sourire apparait sur son visage.

Ce sourire naissant disparait quand il aperçoit Lady Russel.

Quand il retrouve Anne sur le Royal Crescent, elle le percute après sa course folle dans les rues de Bath. Il est en pleine discussion avec Charles et celui-ci confie à Frederick le soin de la raccompagner chez elle.

Quand Anne sans aucun préambule, lui dit qu’elle accepte la demande en mariage, qu’elle veut se marier avec lui et qu’elle le remercie avec des yeux brillants de larmes, son regard se charge de douceur et il l’embrasse tendrement. A noter quand même la lenteur de la scène sur ce baiser qui dure, qui dure….

On les verra une dernière fois alors qu’il la raccompagne dans ce qui sera leur future maison. En effet il a racheté Kellynch Hall et lui offre en cadeau de mariage. Quelle plus belle preuve d’amour ? Il met son beau-père à l’abri du besoin, il déjoue les plans de M. Elliot et offre à son épouse le château dans lequel elle a grandi. A noter quand même que là on quitte totalement le livre au profit de l’imagination du scénariste mais l’idée est plutôt sympathique.

Que dire du jeu de Rupert Penry-Jones. Il aurait pu se contenter du rôle du beau gosse mais avec le peu de dialogue qu’il a au cours du film, il parvient à donner un vrai charisme à son personnage. Son visage est tellement expressif qu’il sait exprimer ses sentiments, ses désirs, sa peine ou son bonheur par de simples regards. Son interprétation est un peu froide au premier abord mais son charme naturel opère quand même sans problème. Le seul reproche que l’on pourrait faire au choix de Rupert Penry-Jones c’est qu’il a réellement un physique de jeune premier et qu’il lui manque un peu le côté marin "expérimenté" que l’on attendait d’un soldat de la Royale qui a passé 8 années en mer à traquer les frégates napoléoniennes à travers les mers. Il faut quand même noter que Jane Austen elle-même avait fait remarquer que le temps n’avait pas eu de prise sur la beauté du capitaine bien au contraire.

Sir Walter Elliot

(Anthony Head)

Ce rôle du baronet insupportable de prétention et de vanité est délicieusement interprété par Anthony Head. Ses apparitions dans le film sont relativement courtes mais toujours savoureuses. A aucun moment du film et surtout pas au début, il ne remet en cause son train de vie. Au contraire il dit ouvertement qu’il est irréprochable.

Il est soutenu en cela par sa fille ainée aussi inconséquente que lui. Il quitte sa maison sous l’indifférence totale du personnel et on le retrouve toujours aussi arrogant dans sa splendide demeure de Bath.

Sir Walter et Elisabeth semblent surpris que M. Elliot sympathise aussi rapidement avec sa fille Anne.

Il a un vrai mouvement de colère quand Anne refuse l’invitation de Lady Dalrymple. Il est tellement excédé qu’il en devient presque violent avec son personnel.

Quand on le retrouve au concert, dans une scène ou il parle de la laideur des femmes et de certains hommes de Bath, il atteint le ridicule en se regardant dans un petit miroir à main alors qu’il circule en plein milieu des invités.

Il semble surpris quand il voit le capitaine Wentworth arriver. Son élégance et sa prestance semble éveiller de l’intérêt chez lui.

On le voit une dernière fois quand il accueille assez froidement sa famille plus "campagnarde".

Son jeu est tout en finesse et en drôlerie. Il est hautain mais souriant, très élégant et séduisant. Il a su rendre le caractère superficiel de Sir Walter tel qu’on le devine dans le livre mais avec beaucoup de subtilité et de sensibilité. Paradoxalement lui aussi, par son jeu, arrive à rendre le personnage sympathique.

William Elliot

(Tobias Menzies)

Le rôle du gentil méchant est tenu dans cette version par le talentueux Tobias Menzies. Sa filmographie aussi diverse que variée atteste d’un réel talent dans tous les genres. Dans cette version le passage de la rencontre fortuite de M. Elliot et d’Anne sur le Cobb à Lyme est très rapide et à peine évoquée.

Par contre Frederick expliquera à son ami Harville pourquoi ce M. Elliot semble aussi important pour le reste de la famille.

Quand il retrouve Anne à Bath, il la reconnait tout de suite. Il semble être rapidement sous son charme et le fait qu’elle soit la fille de Sir Walter en fait une proie de choix pour lui. Dés lors il lui fera une cour très pressante.

A tel point que les marques de galanterie et d’affection qu’il témoigne à Anne lors d’une promenade vont mettre Elisabeth Elliot dans une fureur noire et exacerber sa jalousie à l’égard de sa sœur. Le fait-il exprès pour mettre un terme, plus ou moins délicat, à ce qu’Elisabeth prenait pour un début d’idylle ou est-il réellement admiratif ?

Lui seul le sait. Par contre la réaction de M. Elliot rend lady Russel très heureuse et elle se voit déjà en train de le marier avec Anne et faire d’elle la nouvelle maîtresse de Kellynch Hall.

Quand il retrouve Anne dans une boutique de Bath en compagnie du capitaine, on sent rapidement l’animosité monter entre eux. Il est froid à la limite de la politesse.

Ayant tout de suite compris qu’Anne semble apprécier la compagnie du capitaine, il va brûler les étapes pour essayer de se faire épouser. A son arrivée au concert avec Lady Dalrymple il va prendre rapidement sa décision en l’accompagnant à son siège. Quand il la voit courir après le capitaine, il va la retrouver sur les marches du théâtre et prend un air tellement préoccupé quant à son état de santé que le capitaine en prend rapidement ombrage.

Il sent qu’il faut précipiter les étapes car Anne est en passe de devenir amoureuse du capitaine. A noter, mais tout le monde le sait, qu’il ne connait pas les sentiments d’Anne. Alors il se jette à l’eau pour ne pas la perdre et avant de regagner la salle de spectacle, il lui demande de l’épouser. Sa demande quand on le regarde et qu’on l’écoute semble empreinte d’une vraie sincérité. Il lui fait un baisemain très appuyé qui semble très tendre. C’est sa dernière apparition dans le film.

Son rôle est relativement court mais ses apparitions sont d’une justesse de ton parfaite. Il sait être courtois, hautain voir arrogant avec un soupçon de snobisme teinté d’humour. On pourrait reprocher aux scénaristes de ne pas avoir assez développé son rôle qui ne nous permet pas de voir la sournoiserie calculatrice de M. Elliot. A tel point que son interprétation très soignée le rendrait presque sympathique à qui ne connaitrait pas le livre.

Mr Musgrove

(Nicholas Farrell)

S’il est un rôle qui est court c’est celui qui a été confié à Nicholas Farrell. Nous le connaissons car il a joué le rôle d’Edmund Bertram dans l’adaptation de Mansfield Park de 1983. J’avais eu une mauvaise impression de son rôle car je n’ai pas aimé sa façon d’interpréter Edmund. Les scénaristes et les maquilleurs en avaient fait un personnage qui n’inspire pas d’emblée la sympathie même si on aime le livre. Mais dans ce film, je me réconcilie avec lui. J’avoue qu’il a plutôt bien vieilli et les progrès du maquillage et des éclairages lui ont enfin rendu un visage agréable.

Ses apparitions sont courtes et peu nombreuses. On le voit une fois quand il annonce l’invitation à diner du capitaine et lors du repas en famille. Il est difficile de juger son jeu mais sa filmographie parle pour lui et je voulais simplement me racheter des méchancetés dites lors de mon "analyse" de Mansfield Park de 1983.

Charles Musgrove

(Sam Hazeldine)

Ce joli petit rôle a été confié à Sam Hazeldine. Petit rôle car on le voit peu mais joli car il est empreint de douceur et d’une tendresse mal dissimulée d’un ex fiancée à sa belle sœur. Il a déjà une carrière exceptionnelle derrière lui et même si son rôle est relativement court il n’en est pas moins important dans l’histoire car c’est sa passion pour la chasse qui le mène à rencontrer souvent le capitaine.

Il sait se montrer drôle et émouvant. On le voit au début du film à l’arrivée d’Anne qu’il accueille chaleureusement.

Il semble totalement incapable de maitriser la hargne de sa femme quand elle lui parle d’argent ou même lors de l’accident du petit garçon et on se prend un peu de pitié pour lui.

On l’aperçoit brièvement à table chez les Musgrove. La scène de promenade avec son épouse et sa belle sœur est plus longue. Les scénaristes ont voulu insister sur le côté "ex-fiancé" d’Anne. Dans cette séquence, il prend la défense de sa belle sœur quand son épouse se montre désagréable et blessante et la reprend assez explicitement pour une fois, afin de faire comprendre la réalité des paroles du capitaine. Il sera rapidement auprès d’Anne quand celle-ci tombera lors du franchissement d’une petite rivière. Il semble même regretter la décision d’Anne refusant qu’il reste à ses côtés en cas de besoin.

Quand on le retrouve avec l’amiral à la fin de la promenade, il donne le bras à sa belle sœur pour la soutenir. On peut supposer deux choses : la première il est vraiment galant et a encore beaucoup de tendresse à l’égard de son ex-fiancée, la deuxième pensée serait qu’il boude son épouse qui n’a pas voulu aller visiter sa famille. J’aime à penser que c’est ma première hypothèse qui est la bonne.

A Lyme, on le voit s’amuser avec les amis du capitaine. On a l’impression qu’il « décompresse » des reproches incessants de son épouse qui réclame toujours plus d’argent. Pour une fois il est dans un monde "masculin" et semble apprécier de changer de compagnie.

Lors de l’accident de sa sœur, les scénaristes ont vraiment mis son rôle en retrait je suppose dans le but de mettre celui du capitaine en évidence. Il essaiera bien de faire changer Mary d’avis sur son retour chez elle mais il a tellement l’habitude de capituler qu’il manque de conviction.

On le reverra rapidement à Bath à leur arrivée et surtout lors de la scène finale quand il demande au capitaine de raccompagner Anne chez elle. Il sera sans le vouloir l’artisan du bonheur de son ex-fiancée.

J’ai longuement développé ce rôle car je l’ai trouvé sympathique, plus que dans les autres versions et je pense que la volonté des scénaristes de faire de ce film un vrai film romanesque y est pour quelque chose. Sam Hazeldine a merveilleusement bien interprété ce joli petit rôle.

L’amiral Croft

(Peter Wight)

Le rôle de cet amiral bourru et tendre à la fois a été interprété par le très talentueux Peter Wight. Nous l’avons déjà rencontré dans le film de Joe Wright Orgueil et Préjugés de 2005 dans le rôle de M. Gardiner. Cet acteur a une filmographie surtout télévisuelle impressionnante. Il a 57 ans quand il accepte ce rôle d’amiral de la marine royale. Il interprète avec beaucoup de finesse et de malice ce rôle.

Sa première apparition dans le film se situe au moment même ou Anne quitte la demeure de son père. Il est souriant avenant, apparemment heureux de se fixer à terre en ces temps de paix fragile. Il visite la maison et c’est pendant cette visite que son épouse lui confie les réticences de Frederick à les voir s’installer dans ce château. Il apprend que son beau-frère à eu une histoire de cœur dans cette région même.

A noter l’erreur dans le script et la disparition ou la réapparition mystérieuse de la statue sur la pelouse de Kellynch.

Quand ils invitent les Musgrove à diner à Kellynch Hall il saura être délicat avec Anne en lui présentant des excuses pour leur présence dans la maison de son enfance. Il est accueillant, avenant et en même temps compatissant. Il fait preuve d’une galanterie très délicate en l’invitant à passer à table. Il sait également faire preuve de gaieté en participant volontiers au bal impromptu donné après le repas.

Le seul moment où il fera preuve de maladresse sera quand il prend Anne à bord de leur voiture et qu’innocemment il parle du mariage de Frederick.

Quand il viendra à Bath avec son épouse pour soigner ses problèmes de santé, il sera le messager involontaire qui apportera enfin la nouvelle des fiançailles de Benwick avec Louisa. Quand il se rend compte de la stupeur et de l’émotion d’Anne, le léger sourire narquois qu’il a sur le visage pourrait vouloir dire qu’il sait être porteur d’une nouvelle heureuse pour Anne. Là, bien sûr, c’est moi qui interprète….

Une nouvelle fois il apparait lors du concert et il discute avec son épouse du probable mariage d’Anne avec M. Elliot. Cet aparté déclenchera la colère, la frustration et ranimera la jalousie de Frederick.

Comme dans les autres versions, j’aime beaucoup le personnage de l’amiral. Peter Wight est élégant, sympathique et prévenant. Dans cette adaptation il est tout en gentillesse et en douceur et jamais l’amiral ne fait de réflexions déplaisantes sur Sir Walter.

Le Capitaine Benwick

(Finlay Robertson)

Ce rôle d’amoureux désespéré et taciturne a été endossé par Finlay Robertson. Il a le bon âge pour interpréter ce capitaine malheureux. Son rôle est court et délicatement interprété. Dans cette version, les scénaristes ont fait du capitaine un personnage malheureux mais pas aussi sinistre que dans les autres films. L’acteur est plutôt joli garçon et il est facile à admettre que la jeune Louisa puisse tomber sous son charme.

à gauche

La scène la plus marquante est celle dans l’auberge à Lyme quand il discute avec Anne de poésie, des mérites comparés des hommes et des femmes et de leur constance en amour. On sent de sa part le besoin de parler de ce qu’il aime. Le fait de n’avoir que la famille du capitaine Harville ne lui permet pas de s’épanouir intellectuellement même si la famille de son épouse n’est que tendresse et bonté à son égard.

Son rôle est tellement court qu’il est difficile d’en dire beaucoup plus si ce n’est que j’ai aimé cette version plus optimiste du personnage même si ce n’est pas dans l’esprit de Jane Austen.

Le Capitaine Harville

(Josepf Mawle)

Ce personnage aimable et avenant est magistralement interprété par Josepf Mawle. J’ai adoré le parti pris des scénaristes de faire du capitaine le confident, l’ami, le frère de cœur de Frederick. Cet acteur a su donner tout le charisme nécessaire à son personnage.

au milieu

On le voit pour la première fois au cours de la magnifique scène dans laquelle il pose la fameuse question : Melle Anne Elliot ? On comprend tout de suite qu’il est plus qu’un ami pour Frederick. Il est son confident le plus intime. Il connait déjà Anne par le biais du capitaine et se retrouve le témoin silencieux et impuissant de la lutte qu’il mène contre ses sentiments envers son ex-fiancée.

Il discutera avec Anne à propos de Benwick et la remerciera de sa gentillesse. Il est heureux de voir qu’Anne par sa douceur et sa bonté a réussi à faire parler son beau-frère. On sent qu’il est près lui aussi à « aimer » cette jeune femme qui a malgré elle fait du mal à son ami Frederick mais qui a su aussi apaiser son beau-frère.

On le retrouve dans la campagne en compagnie de Frederick. Il saura faire prendre conscience à son ami qu’il est désormais moralement engagé envers Louisa. Ce que Frederick prenait pour des plaisanteries entre jeunes gens est désormais perçu par les parents et les connaissances pour un engagement qui va se concrétiser par un mariage. Il lui donnera les bons conseils pour éviter ce mariage qui aurait fait le malheur des deux époux.

Il sera aussi le porteur de bonnes nouvelles quand il apprendra à Frederick que Louisa a accepté d’épouser Benwick. Cette scène est magnifique, tournée sous une pluie battante par un jour de tempête sur la côte de Lyme. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre enfin libre de parler des sentiments de Frederick pour sa bien-aimée.

On le voit une dernière fois alors qu’il est le porteur d’une lettre pour Anne, la fameuse lettre qui est massacrée dans cette version.

Je reconnais que c’est certainement MON capitaine Harville préféré. Il est drôle, attentif au bonheur des autres, très attaché à Frederick. Il joue son rôle avec une fraicheur et une sensibilité que j’ai beaucoup aimé. On aimerait avoir cet homme comme ami.

Les personnages féminins :


Anne Elliot

(Sally Hawkins)

Ce rôle capital dans le film est tenu par l’excellente Sally Hawkins. Excellente par son jeu, sa douceur, son énergie mais je trouve que les scénaristes ne lui ont pas rendu justice. C’est une superbe artiste à qui la profession a rendu hommage pour son interprétation en la récompensant de deux prix. Elle gagnera au Festival TV de Monte-Carlo et au Royal Télévision Society Award le prix d’interprétation féminine. Mais si son interprétation a été récompensée, je reste sur un sentiment mitigé quand au rôle en lui-même. Jane Austen avait insisté sur l’évolution d’Anne tout au long de l’intrigue de son livre. On doit passer doucement d’une jeune femme tendant doucement à la vieille fille à une jeune femme épanouie qui rayonne à nouveau grâce à un amour retrouvé. Je trouve que les scénaristes n’ont pas su rendre totalement ce bouleversement dans le personnage.

Elle est jolie je n’en disconviens pas mais elle ne devient pas « plus jolie » au fil de l’histoire et c’est dommage. Dans la version de 1995, Anne évolue doucement tant dans son physique que dans sa façon de s’habiller. Dans ce film, et l’actrice n’y est pour rien, elle n’évolue presque pas. C’est d’autant plus dommage que seuls quelques costumes différents auraient faits toute la différence. Passons rapidement sa garde robe en revue ; la première est kaki, la seconde écrue avec des parements gris, la troisième violet-grenat. Il y en a une grise unie, une autre d’un vert assez bizarre. Elle porte la même robe quand elle dine à l’auberge à Lyme et quand elle va au concert à Bath !!! Il y a quand même un problème.

à l’auberge

Sa première robe d’une couleur claire est celle qu’elle porte en découvrant que Frederick a acheté le château de Kellynch.

Cela tend à prouver qu’elle n’aurait que quelques robes qu’elle agrémente de châles ou jaquettes de couleurs différentes. Elle n’a que 27 ans et même si elle veut faire des économies, un rouleau de tissu vert doit valoir guère moins cher qu’un rouleau de couleurs claires. C’est d’autant plus gênant que les actrices plus âgées qu’elle et d’un rang social moins élevé que le sien sont habillées de manière élégantes et charmantes. Que l’on veuille accentuer le fait qu’Anne s’est renfermée sur elle-même je veux bien ! Mais quand elle recommence à croire que ses sentiments sont partagés, elle devrait "redevenir" la jeune femme qu’elle est encore.

Pour le reste son interprétation il n’y a rien à dire si ce n’est qu’elle a un visage très expressif et qu’elle arrive à retranscrire les émotions d’Anne avec beaucoup de grâce et de charme n’étant en rien aidé par ses costumes. La performance en est d’autant plus exceptionnelle. Elle transmet aussi ses angoisses dans sa façon de respirer. (Cela est peut-être dû au port d’un corset qui devait l’empêcher de respirer pleinement).

L’idée de faire de son journal intime, un fil rouge le long du film est une bonne idée.

Chaque inscription dans son journal est un chapitre qui se ferme et j’ai trouvé cela plutôt sympa.

Son sourire éclatant quand elle écrit sa dernière page est absolument merveilleux.

Alors qu’elle est complètement « éteinte » quand elle est dans sa famille à Kellynch on sent que sa bonne humeur revient rapidement au contact de gens plus simples comme les Musgrove malgré les tracasseries de snobisme de sa sœur cadette.

Après qu’elle est acceptée de remplacer sa sœur auprès du petit garçon blessé, j’ai trouvé touchante sa sortie dans le jardin avec une lanterne. Elle s’accroche à un souvenir inaccessible mais tellement proche malgré tout qu’elle ne peut s’empêcher tout de même de rêver.

Sa première rencontre avec le capitaine se fait dans une atmosphère glaciale en raison du regard froid et impénétrable du capitaine. On sent que toute l’émotion qu’elle vient de ressentir s’exprime quand elle rédige son journal intime. Une larme révélatrice de son désespoir s’écrase sur la page de son journal témoin de sa peine immense. Son visage pâle révèle également l’étendue de son chagrin. Le regard de Sally Hawkins reflète bien la détresse d’Anne.

Lors du diner à Kellynch avec l’amiral et son épouse, les regards et les non dits parlent d’eux-mêmes. L’actrice sait faire ressortir les sentiments d’Anne qui meurt d’envie de le dévorer du regard mais tout ce que dit le capitaine est une attaque directe contre elle et elle le sait.

Quand Frederick la regarde au piano, elle sent sa présence mais elle tourne la tête trop tard pour voir son regard posé sur elle. Elle en est triste, elle a mal mais elle fait bonne figure allant même jusqu’à jouer des airs gais alors qu’elle est en pleine détresse émotionnelle.

Lors de la promenade, le premier qui sera à ses côtés est le capitaine alors qu’il a ignoré les règles d’une courtoisie élémentaire en l’aidant à franchir le gué.

L’aide que lui apporte Frederick pour monter en voiture après la ballade la surprendra mais lui fera comprendre que même s’il est plein de rancune il ne sait pas la laisser dans la peine et l’épreuve. Ses sentiments en sont d’autant plus renforcés.

Elle aura un regard plein de surprise mais aussi de plaisir quand le capitaine Harville la saluera d’un étonnant : Melle Anne Elliot. Elle a compris que Frederick lui a parlé d’elle comme peut le faire un homme amoureux et cela la conforte dans ses sentiments même si elle sait que cela ne sert plus à rien.

Au contraire des autres versions sa conversation avec le capitaine Benwick est chargé d’émotion mais aussi d’une tendre complicité. Il n’y a rien d’aussi désespéré que dans les autres films. On sent qu’elle veut l’aider vraiment en lui rappelant qu’il est encore un jeune homme et que la vie n’est pas aussi triste qu’il n’y parait. Elle arrive même à le faire sourire.

J’ai aimé l’aparté entre Anne et le capitaine Harville. On sent dans leur discussion une certaine complicité alors qu’ils viennent de faire connaissance. Les conversations qu’il a pu avoir avec Frederick lui ont appris à connaitre Anne et on sent qu’il a vraiment envie de mieux la comprendre. Il est tout prêt de lui accorder son amitié sans réserve.

La rencontre avec M. Elliot est à peine visible. Ils se croisent et on ne peut voir la réaction d’Anne si ce n’est qu’elle se retourne brièvement. On ne peut en déduire qu’une chose : elle l’a remarqué mais à quel point. Elle se regardera dans son miroir peu après ! Mais pourquoi ? On comprendra que M. Elliot lui à fait une certaine impression lors de leur rencontre suivante dans les escaliers de l’auberge.

L’accident sur le Cobb est traité relativement sommairement. Il met simplement en évidence la rapidité de réaction d’Anne et du capitaine. Ils sont tous les deux sur la même longueur d’onde en ce sens qu’ils ont réagi en même temps et pour la première fois leurs gestes les amènent à un vrai contact physique. Ils se touchent et se frôlent les mains et l’émotion est visible dans leurs yeux. Leurs regards se trouvent et ne se fuient plus.

Après la réaction jalouse de Mary, Frederick se rend sans doute compte que son ex-fiancé est un simple pion dans sa famille et que sa grande douceur et sa gentillesse naturelle se retournent contre elle. A partir de ce moment son attitude semble changer jusqu’au moment ou elle fera allusion à son départ pour Bath avec Lady Russel. Il lui tend galamment la main pour monter en voiture et lui demande son avis sur la meilleure façon de présenter l’accident aux parents de Louisa, chose quasi incroyable quelques jours avant.

L’arrivée d’Anne à Bath coïncide avec sa première véritable présentation à M. Elliot. Il semble réellement charmé de la voir et le ton qu’il utilise pour lui parler semble également plaire à la jeune femme.

Lors de sa promenade avec Lady Russel, quand elle rencontre par hasard M. Elliott elle semble apprécier sa galanterie même si elle sent instinctivement que quelque chose ne lui plait pas vraiment dans son attitude.

A la lecture de la lettre énigmatique de son beau-frère Charles, elle comprend à tort que Frederick va épouser Louisa. On la retrouve à son journal intime pleurant de désespoir.

Quand son père la rappelle à l’ordre pour aller chez lady Dalrymple, pour la première fois elle s’oppose à lui en lui tenant tête. Elle refuse catégoriquement et ce afin de respecter sa promesse faite à son amie de pensionnat. La rencontre avec Mme Smith est très brève par rapport à ce que le livre développe sans que cela ne nuise à l’intrigue en elle-même.

On la retrouve à son journal intime. On comprend à la lecture de ce qu’elle écrit, qu’elle commence à peut-être entrevoir une union possible entre elle et M. Elliot.

Quand elle retrouve les Croft avec une joie non dissimulée, elle apprend avec stupeur que Louisa va épouser le capitaine Benwick. Elle n’arrive pas à dissimuler ses émotions et la réaction des Croft semble indiquer qu’ils ne sont peut-être pas mécontents de la tournure des événements.

La rencontre fortuite entre Anne et le capitaine dans une boutique de Bath et la tendre complicité qui renait naturellement entre eux est la preuve que l’un comme l’autre sont prêts enfin à se réconcilier mais l’arrivée inopinée de M. Elliot vient tout gâcher et la jalousie de Frederick renaît aussitôt.

Malgré tout ils se retrouvent au théâtre et on sent que Frederick est prêt à lui parler et à se déclarer mais lady Dalrymple et son entrée fracassante l’en empêche. Sa jalousie se révèlera une nouvelle fois quand il quitte le concert après les propos de sa sœur sur un éventuel mariage dans la famille Elliot. Alors qu’elle tente de le rattraper la présence de M. Elliot le renforce dans sa jalousie et il la quitte plutôt brusquement.

Quand Frederick vient la rencontrer en tête à tête pour lui exprimer les volontés de l’amiral, elle le reçoit toute seule en bafouant certainement certaines règles de bienséance mais le regard du capitaine après sa réponse vaut bien des aveux.

A partir de ce moment, le film prend réellement beaucoup de libertés avec le livre. Il n’y a plus aucun respect du temps et même de la logique. Frederick vient de la quitter à l’instant, elle croise Mme Smith qui lui raconte quelques "anecdotes" sur M. Elliot et elle part dans une course effrénée pour rattraper le capitaine.

Elle rencontre par pur hasard son amie Mme Smith.

Elle arrive chez Frederick alors que le capitaine Harville en sort et lui remet la fameuse lettre qu’elle survole à peine. Elle repart dans l’autre sens jusqu’à le percuter quasiment au même endroit ou elle avait quitté Je dois dire que j’ai du mal à accepter cette fin avec Anne qui ne rend pas justice au doux caractère du personnage.

Comment imaginer une minute une femme d’un tel niveau social courant dans les rues de Bath ! Le corset, la grande robe peu pratique, les chaussures plates sur un trottoir mouillé donc glissant !!!

Par contre la déclaration sans fioriture qu’elle fait au capitaine, même si Jane Austen n’aurait pas accepter une telle attitude, m’a beaucoup plu. En effet après sa course contre la montre, on sent qu’elle se jette à l’eau. Elle avoue en même temps ses sentiments et accepte la demande en mariage.

J’aime son regard plein d’attente et le beau sourire qu’elle obtient en retour est magnifique. Même si j’ai trouvé un peu longue la scène du baiser, cette larme qui coule sur sa joue est très émouvante.

La dernière scène est la seule ou on voit Anne heureuse et épanouie. Elle est aimée et le sait. Son attitude quand elle court sur la pelouse montre que la jeune femme amoureuse est de retour et elle accepte enfin de laisser parler ses sentiments. Le baiser de fin est le parfait happy-end que nous aimons mais que jamais notre auteure préférée n’a écrit dans son roman. Tant pis, moi j’aime.

En résumé j’ai aimé l’interprétation de Sally Hawkins mais je pense que les scénaristes auraient pu faire quelques choses de beaucoup mieux sans beaucoup d’efforts. Quelques robes plus gaies et une coiffure plus apprêtée auraient transformées Anne en la jolie jeune femme qu’elle devait devenir selon les vœux de Jane Austen.

Lady Russell

(Alice Krige)

Alice Krige s’est vu confié ce rôle si important pour l’histoire. En effet tout part de son intervention huit ans plus tôt dans la vie de sa filleule. Cette superbe actrice a 55 ans quand elle accepte le rôle. Elle est très belle avec un port de tête très altier. Elle incarne avec justesse cette femme de la haute société anglaise du 19ème siècle. Elle a été nommée pour le prix d’interprétation pour ce film.

Dès le début du film, alors qu’elle se rend compte de la situation désastreuse de la famille de Sir Elliot, elle s’aperçoit également que les nouveaux locataires de Kellynch semblent perturber sa filleule Anne.

Quand elle parvient à la faire parler, pour la première fois, Anne s’oppose à elle en lui faisant comprendre que ses conseils passés ne seraient plus les bienvenus aujourd’hui.

Elle est choquée par la décision d’Elisabeth d’envoyer Anne chez Mary et de laisser partir Miss Clay à sa place pour Bath.

On la retrouve plus tard dans le film alors qu’elle se promène avec Anne. Elle est enchantée que M. Elliot s’intéresse à sa filleule et aimerait jouer les marieuses.

Elle essaie de persuader Anne de donner une chance à M. Elliot mais les réticences d’Anne la surprennent. Bien sûr elle ne sait pas qu’Anne essaie de renouer avec le capitaine.

On la revoit brièvement au concert et une dernière fois lorsque Frederick vient chercher la réponse à la demande de l’amiral Croft. Même si elle essaie d’être aimable et polie avec le capitaine, lui de son côté n’a pas oublié son intervention quelques années plus tôt et son salut est plus que glacial.

L’interprétation de Alice Krige est toute en finesse et elle présente une lady Russell très élégante et très classe. Elle en devient, dans cette version, presque sympathique.

Mary Elliot

(Amanda Hale)

Ce rôle peu enviable de la jeune sœur hypocondriaque et snob est fort bien interprété par Amanda Hale. Au contraire des autres versions, elle semble moins geignarde et « malade ». Dans cette version, elle est toujours désagréable et jalouse de sa sœur. Elle ne fait aucun effort pour être aimable sauf avec le capitaine mais son rôle est relativement court et on ne peut pas malgré tout la trouver trop désagréable. Quand elle apparait la première fois elle est bien entendu malade mais sa sœur ne s’en préoccupe pas plus que ça la connaissant parfaitement.

Quand elle arrive chez sa belle famille on voit bien qu’elle n’est pas appréciée. Toute la tendresse des retrouvailles est tournée vers Anne alors qu’elle est quasiment mise à l’écart.

au second plan

Elle sera très désagréable avec son mari lors de l’accident du petit garçon et sa mesquinerie sera bien mise en évidence. Même quand Anne propose de la remplacer elle ne peut s’empêcher de faire des réflexions à sa sœur sur le fait qu’elle ne peut pas ressentir de véritable peine n’ayant pas elle-même d’enfant.

Elle présentera elle-même Anne au capitaine mais elle est trop égoïste pour se rendre compte de son émotion.

On ne la revoit réellement qu’au moment de la promenade. Elle est de nouveau d’une méchanceté sans borne avec sa sœur en lui disant que le capitaine l’avait trouvée tellement vieillie qu’il ne l’aurait pas reconnue. Même si son mari essaie de tempérer ses paroles, la mesquinerie de sa femme ne s’oublie pas facilement.

On la verra sous son plus mauvais jour par deux fois. La première à l’auberge quand elle se montre si snob envers celui qu’elle prend pour son cousin.

La seconde fois quand elle fera sa crise de jalousie envers Anne au moment de l’accident. Sa mesquinerie semblera être remarquée par le capitaine son regard parlant pour lui. Elle provoquera sans le vouloir le premier geste de galanterie du capitaine qui aidera Anne à monter en voiture au moment du retour d’Henriette avec Anne et Frederick.

L’actrice sait rendre le côté superficiel et mesquin de Mary par des mimiques bien visibles et même si on la voit tout le long du film son rôle n’est pas franchement mis en évidence.

Elizabeth Elliot

(Julia Davis)

L’actrice qui a joué ce rôle est la très jolie Julia Davis. Elle a 43 ans quand elle accepte ce rôle et même si elle est beaucoup plus âgée que ne l’est dans le livre la fière Élisabeth, son physique plus qu’agréable ne le laisse pas voir. Dés sa première apparition, elle sait composer cette jeune femme arrogante, sûre d’elle et méprisante pour sa sœur. Elle a des mimiques et des attitudes qui passent très bien à l’écran. Elle est énervante à souhait comme dans le livre. Quand elle quitte Kellynch avec son père et Mme Clay ses dernières recommandations a sa sœur sont un vrai modèle de snobisme.

On la retrouve à Bath, à Camden Place souriante et belle comme un cœur, essayant de séduire M. Elliot.

Elle sera offusquée par l’attitude de sa sœur quand elle verra M. Elliot lui faire un baisemain très appuyé en public et elle laissera sa hargne prendre le dessus dès son retour à la maison.

Quand elle verra sa sœur en grande discussion avec le plus bel homme de la soirée au théâtre, son regard en dit long sur sa jalousie. Elle la surveillera aussi de près quand elle verra que M. Elliot se rapproche d’elle lors du concert.

Son rôle est court mais elle a su rendre tout le côté snob et superficiel d’Elisabeth grâce à un jeu tout en finesse et en subtilité. On la plaindrait presque de voir tous les hommes l’ignorer au profit de sa petite sœur qu’elle méprise du haut de sa grande arrogance.

Mrs Croft

(Marion Bailey)

Ce rôle d’épouse de l’amiral a été magnifiquement interprété par Marion Bailey. Elle a environ 50 ans lors du tournage et elle incarne la grande sœur de Frederick avec douceur et bonne humeur. Elle a donné à son rôle une vraie délicatesse. On sent la femme épanouie et pleine d’une vraie tendresse pour son frère et son époux. Son rôle n’est pas beaucoup mis en valeur et je le regrette car c’est un personnage que j’aime beaucoup. Elle a du bon sens et connait la vraie vie. Elle contraste avec la superficialité des Eliott.

On la voit dès le début du film prête à faire connaissance avec Anne. Quand elle raconte à son époux les peines de cœur de son frère, elle le fait avec beaucoup de douceur comme la sœur attentionnée qu’elle est.

Elle sera tout à fait charmante avec Anne lors du repas. Elle comprend la gêne qui doit être la sienne d’être simple invitée dans sa propre maison. Les scénaristes n’ont absolument pas fait référence à ses voyages avec l’amiral et c’est un peu dommage car ce personnage du livre est vraiment sympathique.

On la voit aussi lors de la ballade de la famille quand Frederick lui demande de bien vouloir raccompagner Anne. Innocemment avec son époux elle fera de la peine à Anne en évoquent un probable mariage de son frère.

Elle apprendra à Anne avec son époux, le mariage de Louisa avec le capitaine Benwick. La réaction de la jeune femme semble la surprendre et pourquoi pas la ravir. J’aime à penser qu’elle a un faible pour la douce Anne.

La dernière fois où on la voit elle fait de la peine à son frère sans le vouloir en supposant bien à tort qu’un mariage se profile entre Anne et M. Elliot.

J’ai toujours aimé dans les différentes versions le rôle de Mrs Croft et celle-ci n’échappe pas à la règle. J’aime la douceur et le bons sens de ces épouses de marin et tout en étant différentes des autres adaptations, j’aime beaucoup l’interprétation de Marion Bailey.

Henrietta Musgrove

(Rosamund Stephen)

Ce petit rôle dans cette adaptation a été confié à la jeune Rosamund Stephen. Pour les connaisseurs, elle a interprété Miss de Bourg dans la version d’Orgueil et Préjugés de 2005. Dans cette adaptation, elle a également un petit rôle de jeune fille un peu gauche. Elle est brièvement éblouie par le capitaine Frederick Wentworth. Son idylle avec son cousin est à peine évoquée si ce n’est par son frère Charles.

à gauche

Son rôle est tellement furtif qu’il n’y a pas grand-chose à dire si ce n’est qu’elle est mignonne dans son rôle de grande sœur très influençable.

Louisa Musgrove

(Jennifer Higham)

Ce personnage qui est si important au bonheur futur de l’héroïne est tenu par Jennifer Higham. Elle avait 25 ans lors du tournage mais sa fraicheur lui en fait paraître environ 18 ou 19, l’âge du personnage.

à gauche

Elle apparait peu dans le film si ce n’est pour parler de la beauté du capitaine et surtout lors de la promenade dans la campagne. Son intervention permet au capitaine de réfléchir sur l’attitude d’Anne quand elle a refusé d’épouser Charles.

à droite

Elle flirte doucement avec le capitaine sans se rendre compte de la peine qu’elle peut faire innocemment à Anne.

La scène sur le Cobb est relativement rapide et contrairement aux autres adaptations ils n’ont pas fait d’elle une écervelée irritante. Je la trouve plutôt mignonne et charmante.

Mrs Musgrove

(Stella Gonet)

Le rôle de cette mère de famille si attachante dans le livre est joué par Stella Gonet. Son rôle est très court et elle ne peut que donner cette sensation de mère de famille attentive au bien être de ses proches. Cette actrice a une grande carrière à la télévision mais son rôle est si peu développé qu’il est difficile de le juger réellement.

Mrs Smith

(Maisie Dimbleby)

L’amie d’Anne est interprétée par Maisie Dimbleby. Le rôle est à peine évoqué dans le film. Les scénaristes ont complètement dénaturé les relations qu’Anne et Mrs Smith avaient dans le livre. Dans le roman elle est malade mais elle est au courant de tout ce qui se passe à Bath. Dans ce film ses apparitions arrivent un peu comme ça au hasard pour essayer de "coller" au livre mais sans y parvenir.

A la fin du film, elle arrive à l’improviste et interpelle Anne en pleine course, lui raconte deux ou trois choses sur M. Elliot et disparait ensuite. Ça sent plutôt l’obligation de l’incorporer au casting pour suivre le livre mais ce n’est pas convaincant. L’actrice n’y est pour rien. Elle joue bien mais tellement peu qu’il est impossible de décrire son interprétation.

Mrs Clay

(Mary Stockley)

La nouvelle amie faire-valoir d’Elisabeth est joué par Mary Stockley. Dans cette version et en désaccord total avec les descriptions de Jane Austen, Mrs Clay est très jolie et très jeune, bien plus qu’Elisabeth. On ne comprend pas comment Sir Walter ou M. Elliot ne tombent pas instantanément sous le charme de cette superbe jeune femme.

Ceci explique certainement pourquoi son rôle est aussi court. Elle sert simplement à "coller" au livre et c’est tout.

Cependant cette jeune actrice à la belle carrière ne démérite pas mais son rôle est tellement court qu’il est quasi impossible de donner un avis.

Mon avis général sur le film :

En résumé : j’ai beaucoup aimé MAIS le parti pris par les scénaristes de déplacer certains passages du livre est assez gênant quand on connait bien le livre. Certains personnages sont traités d’une drôle de manière mais comme je le disais au début, tout y est ou presque. Le film est ce que l’on peut appeler un film romantique, à l’eau de rose comme disent les hommes. La volonté de faire un film sentimental était évidente. Ils ont voulu nous montrer la réalité d’une seconde chance donnée au capitaine et Anne Elliot. Tout tourne autour d’eux et de leur histoire et c’est ce que j’ai aimé. Cependant je trouve que la fin du film est un peu rapide. On nous "balance" en moins de 12 minutes, la demande de Frederick de la part de l’amiral, la lettre "bâclée" il n’y a pas d’autre terme, la course poursuite d’Anne à travers Bath, le happy-end et le cadeau de mariage à sa future épouse. C’est très dense !!!

Je reconnais tout de même que le choix de Rupert Penry Jones pour le rôle du capitaine est vraiment très bien vu. Il est beau comme un dieu et un regard de lui pourrait faire fondre les icebergs.





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