Un téléfilm de Jon Jones (2007)

Grande Bretagne/Etats-Unis

Drame/Romance/Classique

Durée : 1h33

Scénariste : Andrew Davies


Distribution :

Félicity Jones

Catherine Morland

J.J. Feild

Henry Tilney

Carey Mulligan
(à droite)

Isabella Thorpe

William Beck

John Thorpe

Bernadette McKenna
(au milieu)

Mme Thorpe

Sophie Vavasseur

Anne Thorpe

Shauna Taylor
(arrière plan)

Maria Thorpe

Hugh O'Conor
(à gauche)

James Morland

Julia Dearden

Mme Morland

Gerry O'Brien

M. Morland

Catherine Walker
(à gauche) 

Eléanor Tilney

Liam Cunningham

le Général Tilney

Sylvestra Le Touzel
(à droite)

Mme Allen

Desmond Barrit

M. Allen

Mark Dymond

le Capitaine Frédérick Tilney


Synopsis :

Lydia Martin écrivait en 2007 un livre intitulé « les adaptations à l'écran des romans de Jane Austen », et page 238 elle indiquait que le scénario déjà écrit par Andrew Davies ne verrait jamais le jour en raison du succès relatif de Mansfield Park 1999. Nous avons la chance que les producteurs aient changé d'avis et nous avons une nouvelle adaptation de ce livre, d'une grande qualité.

Depuis le début des années 90, les scénaristes certainement sous l'impulsion d'Andrew Davies (et de son merveilleux Pride & Préjudice avec le superbe Colin Firth) ont commencé à donner aux adaptations des œuvres de Jane Austen une tournure plus moderne. Les films respectent le texte mais par l'ajout de certaines scènes ou par le jeu plus tonique des acteurs, les nouvelles versions sont plus enjouées, plus légères mais surtout adaptées au goût des spectateurs actuels.

Pour en revenir à Northanger Abbey, il n'a pas ajouté beaucoup de scènes en dehors de l'intrigue même. Dans un entretien donné lors de la sortie de Northanger Abbey, il reconnaît qu’écrire le script de ce livre fut l'adaptation la plus facile à faire des 4 adaptations dont il est l'auteur.

Andrew Davies a bien sûr mis les scènes de rêveries de Catherine Morland mais en respectant sinon le livre de Jane Austen, au moins le style de l'auteur. Les personnages de ses rêveries sont plus délicats et moins violents. A l'issue de ses périodes de semi conscience et comme le montrent les images, Catherine ne semble pas effrayée par ses pensées. On a plutôt l'impression qu'elle ressent un certain plaisir (sensuel ??). Les « méchants » de ses rêveries sont les personnages qu'elle rencontre dans la vie et le gentil prend les traits de Henry Tilney. La particularité de certains rêves de Catherine, c'est qu'elle rêve toute éveillée.

La seule vraie entorse à l'esprit de l’œuvre de Jane Austen est la scène au cours de laquelle Catherine prend son bain et qu'elle se laisse à rêver de son livre. Elle laisse vagabonder son esprit et le moine de son roman prend les traits de Henry Tilney.


Les rêves de Catherine :

La rêverie dans le jardin au cours de laquelle ses frères et sœurs viennent la déranger.

Le voyage vers Bath au cours duquel des bandits de grand chemin viennent les détrousser. Le brigand se bat avec le pauvre M. Allen qui malgré ses béquilles et sa crise de goutte tentent de défendre ses compagnes de voyage. Paradoxalement après une certaine surprise, on sent que le rêve de Catherine prend un tour beaucoup plus sensuel quand le malfaiteur essaie de lui arracher son pendentif.

Les ravisseurs dans la cour du château dont le chef à cette fois les traits d'une personne dont elle se méfie à savoir John Thorpe. Le gentleman qui vient à son secours a lui les traits de celui qui commence à la faire rêver, Henry Tilney. Alors qu'elle regarde les deux hommes se battrent, elle sent un plaisir physique intense l'envahir et ses traits reflètent très nettement ses pensées les plus intimes.

La fameuse scène du bain. Le clergyman qui a les traits de Henry Tilney lui tend la main et elle se lève nue sans crainte. Il est vrai que ce genre de scène pour une œuvre de Jane Austen est un vrai sacrilège mais c'est une évolution normale de style pour une adaptation de notre époque.

Après le bal pendant lequel Isabelle et le Capitaine Tilney ont dansé ensemble, Catherine rêve que son frère est enfermé dans un cachot, elle se précipite pour l'aider et elle entend des cris. C'est Isabelle qui est ligotée sur un lit en chemise de nuit et son geôlier n'est autre que le Capitaine Tilney. Elle se réveille en sursaut quand la femme de chambre vient ouvrir ses rideaux et on la retrouve avec le livre de Ann Radcliffe.

Les scènes de rêveries sont nombreuses mais plus légères à regarder. Elle n'ont pas le côté gothique « cruel » de la version de 1986. On retrouve dans la délicatesse de ces scènes le style de Andrew Davies qui aiment à jouer et modifier l’œuvre pour la rendre plus actuelle mais sans trahir le « style Austen ».

Dans le même interview cité précédemment, Andrew Davies nous explique que cette œuvre a été la plus facile pour lui à transposer à l'écran. Catherine Morland est une jeune fille pas compliquée qui découvre la vie lors de son entrée dans le monde et sans son esprit trop vagabond sa vie serait assez banale.

Dans cette version de Northanger Abbey, les scènes de bal sont beaucoup plus nombreuses que dans la première version. Il ne faut pas oublier que « le bal » est très important dans les livres de Jane Austen. Dans l'Angleterre géorgienne, les bals étaient les seuls lieux ou la jeunesse pouvait faire des rencontres. Les loisirs étaient rares et quand la « saison » avait commencé à Bath, les lieux pour s'amuser était nombreux. Ainsi en réservant une ou deux danses maximum, les couples pouvaient disposer de presque 30 minutes (les danses pouvaient être assez longues) pour pouvoir parler ou pour le moins se retrouver.


Les personnages masculins :


Henry Tilney

(J.J.Field)

L'acteur J.J. Feild qui interprète le rôle est très bien choisi. Il est âgé de 29 ans au moment du tournage et son physique est plus proche de l'idée que je me faisais de Henry Tilney. Il est plutôt bel homme et semble être toujours de bonne humeur. Quand il heurte Mme Allen par inadvertance il fait tout ce qu'il peut pour pouvoir leur adresser la parole en respectant les règles de la bienséance en vigueur à l'époque. Il ira chercher le maître de cérémonie au grand plaisir de Catherine et Mme Allen.

Il est le fils cadet de la famille et est très proche de sa sœur cadette. En effet sa gentillesse naturelle essaie de contrecarrer la brutalité de son père qui refuse le mariage de Eléanor. Il confiera son impuissance devant la détresse de sa mère lors de son enfance. Il est très élégant et a un grand sens de l'humour. Il semble être attiré rapidement par la candeur et la beauté de Catherine. Il essaiera de lui faire comprendre que son amie Isabelle n'est pas aussi digne de confiance qu'elle le pense. Devant sa réaction stupéfaite suite à la conduite scandaleuse d'Isabelle il aura la preuve évidente de sa totale inexpérience face à la vie. Pour atténuer la froideur de son père il essaie de faire bonne figure et redevient un jeune homme insouciant dès que le Général quitte Northanger Abbey.

Il aura une réaction de tristesse face aux accusations à peine voilées que fera Catherine quant aux conditions du décès de Mme Tilney. Sa déception fera une grande peine à Catherine.

Après le renvoi de Catherine, il aura le courage d'affronter son père et viendra retrouver Catherine pour lui demander de l'épouser.

Le verre est presque vide... le verre est presque plein... le verre est à nouveau vide...
et tout cela sans coupure …...

A noter qu'une erreur s'est glissée dans le montage de la scène ou Henry boit son verre de limonade. Pour trouver l'erreur au montage suivez bien le verre de limonade qui se vide et se remplit subitement.

John Thorpe

(William Beck)

Le rôle est tenu par William Beck. Son interprétation est très juste. C'est le genre de personnage qui rapidement nous montre son côté manipulateur aussi bien quand il invite Catherine à danser que quand il arrive à lui faire rater sa promenade avec les Tilney.

Il est encore plus rusé que dans la version de 1986. Son arrogance et sa suffisance en font dès les premiers moments ou il apparaît un personnage que je n'aime pas. Il est le prototype de ce que je déteste : il est menteur, macho, rusé et il conduit son attelage avec imprudence. C'est le mauvais garçon par excellence.

Il jouera double jeu contre Catherine et pour le Général Tilney mais ses manigances se retournent contre lui très rapidement.

James Morland

(Hugh O'Conor)


à gauche.

Le rôle est tenu par Hugh O'Conor. Il a le rôle du gentil garçon amoureux manipulé par une intrigante et son frère. Il est amoureux d'une jeune fille qui cache son jeu et est en fait à la recherche d'un riche héritier. Son rôle est très court dans cette version mais il l'interprète avec justesse.

Le Général Tilney

(Liam Cunningham)

Le Général est interprété par Liam Cunningham. Comme dans la version de 1986, l'acteur qui joue le rôle est vraiment convaincant.

Son rôle est beaucoup moins important que dans la précédente version. Il est le prototype du tyran domestique, froid et manipulateur. Il régente tout le monde dans sa famille plus ou moins fermement. Son fils aîné et l'héritier du domaine est comme lui un militaire de carrière ce qui le tient éloigné de chez lui. Son fils cadet est devenu clergyman ce qui lui permet une vraie indépendance. Il reconnaît lui même qu'un travail est sain pour un jeune homme.

Quant à sa fille, à l'image de ce que l'on sait de son épouse disparue, elle est effacée face à lui. Il régente sa vie sentimentale en l'empêchant d'être heureuse.Son désir d'avoir une belle fille riche l'amène à se compromettre à John Thorpe pour avoir des renseignements sur la situation financière de Catherine.

La dureté du Général est souvent suggérée par les dialogues des autres personnages et est beaucoup moins visible que dans le film de 1986. L'acteur qui interprète le rôle a un regard perçant et son jeu, surtout quand il jette Catherine hors de sa demeure, est plein d'une colère froide et de haine. Il est cependant très convaincant.

Frédérick Tilney

(Mark Dymond)

Mark Dymond qui interprète le rôle est comme Greg Hicks dans la version de 1986 absolument convaincant. Il est très beau, viril et très sûr de lui. Son statut d'homme à femmes (ayant une réputation pire que Lord Byron selon Catherine) lui procure une certaine réputation auprès de la gente féminine.

Il méprise son frère qui va danser avec Catherine et parallèlement il réussit à séduire Isabelle qui accepte de danser avec lui. Il arrive sans trop de mal à la mettre dans son lit . Il va la rejeter avec mépris.

Mark Dymond a un regard très expressif et réalise une vraie performance tant il a l'air arrogant et dédaigneux surtout quand on voit son véritable visage au naturel.

Les personnages féminins :

Catherine Morland

(Felicity Jones)

Le rôle est tenu par Félicity Jones qui au moment du tournage avait 23 ans. Son air ingénu et la fraîcheur de son visage lui ont permis de se glisser dans le rôle d'une naïve débutante de 17 ans sans trop de problème. Elle est très peu expérimentée sur les choses de la vie et son imagination débridée lui pose souvent de gros problèmes. Elle a la chance de rencontrer Henry Tilney très rapidement et tombe sous son charme. Andrew Davies lui a accordé un rôle un peu plus « tonique » que dans la version précédente. Quand l’héroïne s'amuse, Félicity Jones le fait avec une vraie fraîcheur moderne tout en respectant les dialogues de Jane Austen. On la sent plus dynamique et moins soumise que dans le film de 1986.

Isabelle Thorpe

(Carrey Mulligan)

L'actrice Carrey Mulligan connue pour avoir joué le rôle de Kitty Bennet dans le film Orgueil et Préjugés de Joe Wright de 2005 tient ici le rôle de jeune fille ambitieuse qui veut réussir à tout prix dans sa chasse au mari fortuné. Elle s'éprend de James Morland dans la première partie de l'histoire mais le peu de fortune et l'attente prévue avant de pouvoir se marier lui font revoir ses ambitions.

En effet elle se laisse séduire par le Capitaine Tilney étant persuadée qu'il respecterait le code de l'honneur qui aurait du lui imposer un mariage avec elle. Ce qu'elle ne sait pas c'est qu'il n'ait qu'un jeune libertin qui ne désire pas « s’embarrasser » d'une fille sans fortune.

Il sera même très méprisant avec elle tant en parole qu'en action. Carrey Mulligan interprète très justement ce rôle en étant à la fois très « jeune fille » bien élevée mais aussi ce que l'on appellerait aujourd'hui « une allumeuse ». Elle sait avoir le regard aguicheur sans avoir cet air vulgaire que les producteur avait demandé à Cassie Stuart. Elle correspond plus je pense à ce qu'aurait osé une jeune fille à cette époque aussi « délurée » fut-elle. Sans aimer le personnage en lui même l'actrice est dans cette version très convaincante.

Eléanor Tilney

(Catherine Walker)

Le rôle a été attribué à l'actrice irlandaise Catherine Walker. Elle semble un peu âgée pour ce rôle mais son apparence calme et douce contrebalance bien le tempérament rêveur de Catherine. Elle sait donner à son personnage cette retenue et cette grâce que l'on attend d'une jeune fille de cette époque. Son éducation très rigide auprès d'un père strict et d'une mère trop tôt disparue lui donne cette fragilité relative. En effet grâce à son frère elle peut maintenir son idylle avec l'homme qu'elle aime et ce à l’insu d'un père tyrannique. J'ai beaucoup aimé l'interprétation de cette actrice.


à gauche

à gauche

Mme Allen

(Sylvestra Le Touzel)

Sylvestra Le Touzel est Mme Allen dans ce film et connait bien le monde de Jane Austen, en effet, elle fut Fanny Price dans la version de Mansfield Park de 1983.

Son rôle n'est pas très important dans ce film mais elle interprète une femme d'âge mûr plus crédible que Georgie Withers dans la version de 1986. En effet elle est plus calme et sa retenue me semble plus en adéquation avec les attitudes réservées des femmes de l'époque géorgienne.

Mme Morland est interprétée par Julia Dearden et M. Morland par Gerry O'Brien : leur rôle étant très court il est difficile de faire le moindre commentaire si ce n'est que leur jeu retrace bien la gentillesse et la bonté naturelle que Jane Austen avait décrit dans son livre.


Mon avis personnel :

J'ai aimé cette nouvelle version de Northanger Abbey, le scénario est bien meilleur que le premier, il est fidèle au livre et de toute façon je suis une grand admiratrice du travail de Andrew Davies. Il est ce qu'on peut appeler un vrai passionné de Jane Austen et cela transparaît dans son travail. Il modernise ses histoires sans trahir l'original. C'est la patte du vrai connaisseur.

Cette version évite les caricatures trop prononcées. Les personnages sont très crédibles sans être trop tranchés. La qualité des dialogues et le choix plus judicieux des acteurs pour les rôles rendent cette adaptation plus tonique que la précédente. Les décors sont plus beaux et les costumes plus sobres. Cependant pour en revenir au livre étudié vous aurez compris que ce n'est pas mon livre favori et malheureusement je crois que les scénaristes sont de mon avis car à ce jour, je ne connais pas d'autre version.

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