Un film de Patricia Rozema (1999)

Grande Bretagne

Drame/Romance/Classique

Durée : 1h52

Scénariste : Patricia Rozema


Distribution :


Lindsay Duncan

Mrs. Price et Lady Bertram

James Purefoy

Tom Bertram

Sheila Gish

Mrs. Norris

Harold Pinter

Sir Thomas Bertram

Frances O'Connor

Fanny Price

Jonny Lee Miller

Edmund Bertram

Victoria Hamilton

Maria Bertram

Hugh Bonneville

M. Rushworth

Justine Waddell

Julia Bertram

Embeth Davidtz

Mary Crawford

Alessandro Nivola

Henry Crawford

Charles Edwards

Yates

Sophia Myles

Susan Price

Hilton McRae

M. Price


Synopsis :


Le film n'est jamais sorti en France.

J'ai regardé une version en anglais sous titrée en anglais.

Ce film est pour moi la meilleure version de Mansfield Park et je m'en expliquerai plus tard. Ce film reprend le livre en lui même et certains extraits d’œuvres de jeunesse de Jane Austen, les Juvenilia, que Fanny lit dans les passages en voix off. La première chose qui a fait polémique c'est l'affiche.

En effet, Fanny serre sur son cœur une clé. A quoi va-t-elle servir ? Va-t-elle en ouvrant les portes de Mansfield qui apparaît en tout petit sur l'affiche, découvrir des secrets bien gardés depuis longtemps ? A-t-elle dans ses mains la clé pour ouvrir le cœur de celui qu'elle aime ?

Rien qu'en regardant l'image de l'affiche on sent que cette Fanny sera différente, elle est très belle et son regard très doux n'en demeure pas moins un regard franc et décidé. Les autres n'ont qu'à bien se tenir : Fanny les surprendra c'est sûr.

Patricia Rozema ne pensait certainement pas créer un tel déchaînement de critiques avec ce film. Certains vont même jusqu'à le décrire comme étant seulement une tribune contre l'esclavagisme et un étalage des dérives sexuelles voir lesbiennes de la société. Cela a été vivement reproché à Patricia Rozema.

Afin de rendre son film plus contemporain et plus proche peut-être de ce que le spectateur attend de nos jours, certains passages du livre ont été purement et simplement supprimés.

Les personnages supprimés et situations modifiées ou ajoutées :

Le révérend Grant et son épouse n'apparaissent pas.

Fanny dans le film n'a pas de frère et de ce fait Henry Crawford ne peut séduire Fanny en offrant un brevet de lieutenant.

C'est en voyant Mary Crawford avoir des gestes « équivoques» lors de la répétition de la pièce de théâtre qu'Edmund décide de participer lui aussi à la pièce. On sent dans la décision très rapide qu'il prend la volonté de la réalisatrice de donner un caractère très moderne et plus sensuellement explicite à son film.

L'absence de William modifie les raisons de Sir Thomas pour donner un bal en l'honneur de Fanny.

Julia est courtisée par M. Yates mais sans la fuite en Écosse.

Mary Crawford s'explique devant toute la famille Bertram sur la conduite à tenir suite à la fuite de Maria et de M. Crawford. Elle se permet des réflexions d'une modernité peu compatible avec les us et coutumes de l'époque géorgienne. Elle interpelle Sir Thomas d'une manière très impolie à la limite de l’indécence. Cette scène est complètement inventée.

Les références à l'esclavage apparaissent dès le début du livre. En effet le cocher qui amène Fanny chez son oncle s’arrête au bord de la côte. Des chants tristes parviennent à Fanny. Le cocher lui explique ce que sont les esclaves et les bateaux négriers.

Edmund fera lui aussi une allusion à l'esclavage lorsqu'il expliquera à Fanny que quelques soient ses entiments vis à vis de l'émancipation des esclaves, tout Mansfield vit des plantations, elle la première.

Fanny fera à nouveau référence à l'esclavage en présence de son oncle. En effet celui-ci parle de ses mulâtresses qui sont belles et gracieuses, « voir » intelligentes et il explique que ces métis sont comme les mules, ils ne peuvent se reproduire. Il raconte avoir songé à en ramener une comme domestique et Fanny en profite pour lui parler de leur affranchissement . Évidemment la conversation tourne court.

C'est suite à cette conversation que Sir Thomas se rend compte que Fanny a beaucoup changé intellectuellement et physiquement. Il en fait la remarque sur un ton presque insultant à M. Crawford sous-entendant qu'il met Fanny sur le marché au mari idéal en raison de son épanouissement.

Il décide de donner un bal pour Fanny et seule Julia se réjouit de cette idée.

Maria est furieuse de cette initiative de son père car elle sent bien que le côté « pur » de Fanny attire plus Henry Crawford que ses tentatives trop visibles de le draguer.

Fanny est gênée d’être le centre d’intérêt de tous et s'enfuit avec son cheval sous une pluie battante et même Edmund n'arrivera pas à la calmer.

Après le mariage de Maria, Fanny se rend au presbytère pour ramasser des pommes et la pluie la surprend. Mary Crawford vient la chercher et entreprend de déshabiller Fanny sous prétexte de sécher ses vêtements. Alors qu'en principe Fanny ne voit que la volonté de l’empêcher d’être malade, on sent bien que Mary Crawford y prend un plaisir à connotation sexuelle évidente.

Fanny est présentée comme une jeune fille en bonne santé et très dynamique qui court dans les couloirs et monte à cheval par tous les temps.

Fanny trouvera un carnet de croquis très obscènes qui la feront remettre en cause ses sentiments pour son oncle. Je n'ai pas relevé les images réellement « osées ».

Le moment où Fanny accepte la demande en mariage et son revirement le lendemain sont également totalement inventés. A noter cependant que cette scène sur le quai de la jetée du port de Porthmouth est très romantique et nous fait comprendre que ce grand séducteur qu'est Henry Crawford est en fait tombé amoureux de Fanny.

Les_personnages_masculins :

Edmund Bertram

(Jonny Lee Miller)

Est superbement interprété par Jonny Lee Miller. Je ne vous cacherai pas que c'est MON Edmund préféré. J'aime beaucoup cet acteur et son interprétation est très juste. Lorsqu'il acceptera le rôle, il reconnaîtra lui même qu'il ne connaissait pas le livre de Jane Austen. Cela expliquera peut-être une certaine fraîcheur dans son interprétation.

Il sera aussi un très grand M. Knightley dans la série Emma de la BBC de 2009. Pour mémoire, il faut se rappeler qu'il a interprété Charles Price le frère de Fanny dans la version de 1983 de Mansfield Park. Il avait 27 ans lors du tournage du feuilleton et il « passe » très bien à l'écran dans le rôle. Il est calme, tendre et très dévoué à sa cousine Fanny. C'est lui qui délicatement l'aidera à s'intégrer dans la famille ou son père règne en tyran domestique parfois brutal.

Dès le début, il lui apportera une rame de papier pour correspondre avec sa famille et lui montrera comment s'en servir. Il lui donnera le goût d’écrire et de lire et par sa douceur la guidera dans son instruction.

Dans le film on nous montre qu'il est le seul qui intègre Fanny dans ses jeux et ses loisirs. Sans le vouloir, il rendra Fanny amoureuse de lui alors que rapidement il se tournera vers une autre femme.

Au cours d'une promenade, il expliquera à Fanny que le problème de l'esclavage est un vaste sujet ou tout n'est pas tout blanc ou tout noir. En effet, il lui fait comprendre que malgré sa volonté de défendre l'abolitionnisme, elle vit aussi aisément dans le luxe grâce au travail des esclaves dans les plantations.

Il a fait de son personnage un jeune homme tendre et aimant déchirée entre deux amours. Un amour pour Mary Crawford par laquelle il sera charmé comme tout jeune homme dans la force de l'âge. C'est une vraie attirance sexuelle pour une femme aguicheuse qui saura éveiller ses sens. Son amour pour Fanny est plus difficile pour lui à admettre car elle est là présente depuis si longtemps et si discrète ! C'est le temps et l'attitude désinvolte de Mary qui feront réagir Edmund.

Le seul reproche qu'on pourrait lui faire c'est que, même en étant très proche de Fanny, il lui est difficile d'intégrer totalement sa cousine dans la famille et reste silencieux quand sa sorcière de tante la malmène devant les étrangers.

Il saura quand même mettre en avant les gros progrès de Fanny en matière de lecture ce qui fera dire à Sir Thomas que la petite Fanny a bien grandi.

Il sera rapidement sous le charme de Mary Crawford même s'il est conscient des lacunes de son éducation et qu'il devine en elle un caractère assez libertin. Mary le charmera ou plus exactement le tentera avec son attitude ambiguë envers Fanny lors des répétitions de la pièce et il oubliera rapidement ses grands principes de clergyman pour rallier la troupe de théâtre.

Il sera par contre le seul à affronter la colère de son père à son retour d'Antigua et lors d'une discussion en famille avec Sir Thomas il mettra en avant les progrès de Fanny dans son éducation. A son grand désappointement son intervention se retournera contre Fanny qui sera une fois de plus la victime des railleries de Sir Thomas et de la jalousie de Maria.

Après cette soirée alors qu'il discute tranquillement avec son père qui vante les mérites d'une jeune femme très cultivée et très belle, il se méprend en pensant que son père parle de Fanny. Sir Thomas parlait de Mary Crawford....

On comprend alors qu'Edmund n'est pas encore conscient de ce qu'il ressent pour Mary ou pour Fanny.

C'est lors d'une visite chez les Crawford qu'il apprend à Mary qu'il sera bientôt ordonné pasteur au grand désappointement de la demoiselle.

Déçu de la réaction de Mary à qui il pardonne son attitude bornée en raison selon lui d'une mauvaise éducation, il demande les deux premières danses du bal à Fanny.

Il sera surpris quand Mary Crawford lui dira qu'il est amoureux de Fanny. Pour se défendre il tentera de lui expliquer qu'il existe plusieurs formes d'amour.

On se rend compte qu'il s'amuse avec beaucoup de tendresse au bal de Fanny et il est semble-t-il surpris de voir Fanny s'amuser avec Henry Crawford.

Ses regards le trahissent malgré lui. On pourrait supposer qu'il est plus ou moins jaloux de Henry Crawford.

Son attitude lors de la demande en mariage de Fanny par Henry Crawford est un peu décevante. On sent qu'il est peiné pour elle mais quand elle cherche son soutien il reste silencieux. On peut se poser la question de savoir s'il est intimidé par son père ou déjà sous le charme de Mary et donc incapable d'aider celle qu'il a toujours défendue.

Quand Fanny partira pour Porthmouth les adieux entre eux seront déchirants, car ils sont face à leur souffrances, incapables de dire ce qu'ils ressentent. Les bonnes manières sont encore un frein à l'expression des vrais sentiments.

Quand son père lui demandera d'aller rechercher Fanny à Porthmouth, il sera d'une gentillesse exceptionnelle avec elle. Il essaiera de savoir ou en sont ses sentiments vis à vis de Crawford et il lui avouera qu'elle lui a manqué. Il lui dit aussi que quand les mots entre eux ne sont pas assez forts pour se comprendre, leur silence sont tout aussi expressifs. Il semble alors lui révéler une partie de ses sentiments.

(à noter que sur cette image, un des deux petits garçons tient le rôle de Charles Price que Jonny Lee Miller tenait dans la version de 1983)

Il y a un moment de grande tendresse entre eux quand leurs mains se rejoignent sur la banquette de la voiture qui les ramène à Mansfield.

Lors du voyage, on voit Edmund s'endormir sur la poitrine de Fanny. On comprend qu'il a trouvé lors de son sommeil cette tranquillité à laquelle il aspire depuis longtemps et qu'ayant enfin retrouvé Sa Fanny il peut enfin se laisser aller au repos après les mondanités de Londres et sa quête semble-t-il infructueuse de l'amour de Mary Crawford.

Mais Mary est toujours présente dans sa vie et même si elle l'a beaucoup déçue lors de son séjour à Londres, il se croit toujours amoureux d'elle.

Fanny arrive à Mansfield Park avec Edmund et ils s'occupent tous les deux de Tom sous le regard de Sir Thomas trop inquiet pour être d'une quelconque utilité.

Quand Fanny viendra le retrouver dans la chambre de Tom le regard encore choqué et incapable de parler, il ira constater par lui même ce qu'elle a découvert.

Il croise dans le couloir Henry Crawford qui est torse nu. En arrivant dans la chambre de sa sœur, il sera choqué mais surtout peiné de voir que Maria a ruiné sa réputation pour Crawford.

Il retourne auprès de Fanny après avoir jeté un regard méprisant à l'amant de sa sœur.

LA : le clou du spectacle. Il tente de rassurer Fanny qui est choquée par ce qu'elle a vu ce qui est normal. Il la prend dans ses bras très tendrement pour la réconforter et sans s'en rendre compte, il se laisse aller à un moment de faiblesse... (nous sommes dans une version austinienne) et s’apprête à embrasser une Fanny qui ne demande que cela. A la dernière seconde, il se reprend.... Mais quel idiot !!! elle le veut ce baiser et lui s'excuse et sort de la chambre. Cette scène est l'exemple même de la scène d'amour parfaite ou pourtant il ne se passe rien mais on sent qu'à partir de cet instant plus rien ne sera comme avant. Ce geste spontané fera peut-être réagir Edmund. (A noter que toute ces scènes de tendresse entre Fanny et Edmund n'existent pas dans le livre mais qu'elles sont bien trouvées.)

Après la parution de l'article dans la presse sur la fuite de Maria, il sera dans une colère noire contre Mary Crawford. Il lui dira d'un ton froid et cassant ce qu'il pense d'elle et du même coup prend enfin la défense de Fanny. On sent dans sa manière de s'expliquer qu'il est totalement déçu et laissera partir Mary sans un regard pour elle.

Quelques temps plus tard sans que le film ne précise exactement le délai, Edmund retrouve Fanny dans le jardin.

Il lui déclare qu'il l'a toujours aimé.

Fanny l'interrompt pour lui dire qu'elle le sait.

Mais il insiste en lui disant qu'il n'a jamais aimé quelqu'un autant qu'il l'aime elle (sous entendant que Mary n'a jamais vraiment compté pour lui).

Qu'il l'aime comme un homme aime une femme.

Un héros aime son héroïne.

Il lui confesse qu'il était tellement anxieux de faire ce qui est juste, qu'il a « oublié de faire ce qui est juste ». Il lui dit aussi que si elle accepte de le choisir, malgré tout le mal qu'il lui a fait (involontairement) et malgré son aveuglement, elle lui procurera un bonheur indescriptible.

On suppose la réponse de Fanny facilement.

Enfin il lui explique qu'il a pris contact avec un éditeur et qu'il y en a un qui accepte son livre (qu'elle rédige tout au long du film le soir dans sa chambre) mais qu'il le publiera à compte d'auteur moyennant 10 % des bénéfices.

Il faut que je sois honnête dans mes propos pour expliquer comment je ressens le personnage d'Edmund Bertram. On peut considérer que ce jeune homme est en fait très peu sûr de lui et facilement influençable. Quand Mary fait des avances à Fanny lors de la répétition de la pièce de théâtre, il se dépêche de prendre le rôle principal pour se retrouver dans les bras de la belle. Et quand tout le monde pousse Fanny à se marier avec Henry Crawford, et qu'il se croit déjà amoureux de Mary. Comment réagit il ? S'il aime réellement sa cousine Fanny fraternellement bien sûr pourquoi n'essaie-t-il pas de convaincre son père de la laisser tranquille ? Sûrement parce qu'une fois sa cousine mariée, il sera plus facile de convaincre Mary de se marier avec lui.

Ou alors on considère que Edmund est un garçon droit et sûr de lui et on ne peut que le plaindre d'être aussi faible face à l’égoïsme de Mary. Est-il aveugle pour ne pas se rendre compte que Fanny est amoureuse de lui ? Il faut qu'il soit au bord de la perdre pour se rendre compte qu'il l'aime !!!

Quant à l'interprétation dans cette version :

Que dire du jeu de l’acteur en restant objective. Vous aurez compris que j'adore cet acteur austinien. Il est très beau ce qui ne gâte rien. Il joue parfaitement et il a cette possibilité qu'ont peu d’acteurs masculins de faire passer les sentiments les plus différents en un seul regard. Il sait émouvoir allant jusqu'au bord des pleurs quand le rôle veut qu'il le fasse et avec une telle sincérité qu'il en est touchant.

Pour le coup les fleurs bleues que sont les janéites ne peuvent que se laisser prendre au jeu de l'acteur. Quelle fille ne craquerait pas pour un Edmund Bertram qui s'endormirait sur son épaule ou qui lui ferait une aussi belle déclaration d'amour ? A mon avis aucune !!!

Vous aurez compris à la lecture de ces quelques lignes que non seulement j'aime beaucoup le personnage de Edmund Bertram mais aussi son interprète dans cette version, le beau Jonny Lee Miller.

Sir Thomas Bertram

(Harold Pinter)

Harold Pinter a endossé son rôle avec brio. Il n'est pas connu pour sa grande carrière en tant qu'acteur. Il est plus connu comme écrivain ayant même reçu le prix Nobel de littérature en 2005.

Quoi qu'il en soit il est plus que crédible dans son interprétation. Il tient le rôle du patriarche avec une fermeté exceptionnelle. Quand on a lu le livre on ne reconnaît pas trop Sir Thomas. Il est trop violent, trop dur. Patricia Rozema ayant à tort ou à raison, pris le parti de forcer le trait sur l'esclavage, elle a fait du chef de famille un planteur à Antigua très autoritaire, sadique et violent avec ses esclaves. Pour preuve le carnet de croquis que Fanny trouvera dans la chambre de Tom. Le film ne dit pas s'il s'agit de dessins correspondant à la réalité de la plantation de son père ou si ce sont les délires d'un jeune homme malade qui grossit le trait pour montrer son hostilité au méthode des planteurs colonisateurs.

Le côté esclavage étant mis de côté Sir Thomas est tout même montré sous les traits de quelqu'un de très dur. Il y a deux parties dans le film qui montre l'évolution des sentiments de Sir Thomas pour Fanny. En effet au début il la considère comme une jeune femme incapable d'évoluer. Il la rabroue sans cesse car elle n'est pas assez disciplinée. Cependant à son retour il trouvera une Fanny à qui il fera faire son entrée dans le monde. Elle sera la seule femme de sa famille qui sera à la hauteur quand Tom aura besoin d'aide et elle sera la seule aussi avec Edmund à tenir vraiment tête à Mary Crawford.

Ses sentiments évolueront parallèlement à ceux de Fanny qui saura prouver combien son intuition était la bonne face à Henry Crawford et à son refus de l'épouser. Il comprendra que la seule fille bien éduquée dans sa famille n'est pas de son sang mais la pauvre fille malheureuse recueillie par charité.

Le jeu de Harold Pinter est particulièrement dense et profond. Il a un jeu parfait dans la joie comme dans la peine que doit faire paraître Sir Thomas.

Une belle performance pour cet acteur occasionnel au cinéma qu'il faut souligner à sa juste valeur.

Tom Bertram

(James Purefoy)

Tom Bertram est très justement joué par James Purefoy. L'acteur est plutôt joli garçon. Il interprète avec élégance et arrogance le rôle de Tom Bertram.

Il a su donner à son personnage une attitude très révoltée contre les pratiques esclavagistes de son père. Il se rend à Antigua à contre cœur et en revient totalement bouleversé, son livre de croquis montrant clairement le dégoût que lui inspire son expérience.

(la main posée sur le billard)

Sir Thomas finira par comprendre au moment de la maladie de Tom que son fils souhaitait une tâche « noble » et non pas être ce fils de planteur fortuné et insensible que son père souhaitait.

(Un rare geste de tendresse envers son fils)

Il fait ressortir un coté de sa personnalité très attachant en ce sens qu'il ne cherche pas à cautionner l'esclavage mais qu'il ne renonce pourtant pas à son coté dandy en ne s’intéressant qu'aux courses et aux marivaudages. Son jeu est juste et agréable mais trop court pour pouvoir réellement en faire une analyse profonde.

M. Rushworth

(Hugh Bonneville)

Ce rôle court mais pas facile a été confié à Hugh Bonneville. Son rôle de gentil garçon pas trop futé est très bien joué. Quand on connaît la filmographie de cet acteur on sait que se rôle ne reflète en rien son véritablement talent. Jouer le rôle d'un garçon un peu lourdeau est une vrai performance d'acteur.

(au milieu) (dans son costume de théâtre) (incapable de voir que sa fiancé
flirte avec Henry Crawford)

La scène dans la résidence de Mansfield Park ou il déambule de salle en salle avec le journaliste est déroutante. Cette scène est quasi surréaliste tant elle est loin du livre en lui même. On se demande ce que souhaitait Patricia Rozema car cela laisse une impression encore plus pénible après la découverte de la trahison de sa femme avec Henry Crawford.

Il faut cependant reconnaître qu'il interprète son rôle avec beaucoup d'élégance tout de même.

M. Price

(Hilton McRae)

Hilton McRae a réussi à faire de son personnage quelqu'un de beaucoup plus sympathique que dans le livre. On a évité la caricature de la version de 1983 ou M. Price était un véritable ivrogne.

Dans ce film il lui reste un semblant de dignité. Son rôle est bien trop court pour le juger. Pour se faire une idée du talent de cet acteur il faut vraiment se reporter à sa filmographie.

Henry Crawford

(Alessandro Nivola)

Le rôle de ce séducteur a été confié à Alessandro Nivola. Cet acteur d’origine américaine a su enfiler le costume du dandy anglais du 19 ème siècle sans aucun problème. Il a même su prendre un charmant accent anglais pour les besoins du film. Que dire de son jeu : il est très bon. Encore une fois la réalisatrice a su choisir à merveille l'acteur qui doit incarner le gentil sale gosse trop gâté par la nature et la naissance. Il a tout pour lui, la richesse, l'allure et les jeunes demoiselles se jettent dans ses bras. Mais c’est trop facile pour lui.

(à gauche)

Il tombe sous le charme de la seule qui lui résiste et dans le cas présent de cette adaptation, l’actrice qui joue Fanny est plus jolie que les deux sœurs Bertram. Patricia Rozema voulait certainement, en choisissant une jeune fille très attirante voir sexy, mettre en avant le couple formé par Fanny et Henry.

Henry se rend compte que Fanny est malheureuse car maltraitée par sa tante Norris qui lui inflige des vexations quotidiennes. Sa résignation et sa douceur semble l'émouvoir.

(Fanny vient d'être insultée par sa tante)

Le brillant stratège amoureux verra son petit jeu se retourner contre lui car il finira par tomber réellement amoureux d'elle. La scène dans la bibliothèque où il lui lit le passage sur les oiseaux prisonniers qu'il lui rappellera lors de son lâcher de pigeons et de tourterelles sur les quais de Porthmouth sont les preuves d'une attention qui remonte dans le temps.

Il lui rappelle que plusieurs semaines se sont passées et qu'il n'a pas oublié.

Il lui dit clairement lors d'une promenade sur le port qu'il connaît ses sentiments à l'égard d'Edmund.

Il ne joue pas franc jeu en lui laissant comprendre qu'Edmund est engagé vis a vis de sa sœur. C'est le seul moment ou il lui ment de façon à mettre quelques chances de son coté.

Il sera même là pour la consoler quand Edmund lui écrira que seule Mary pourrait être la femme qu'il souhaite épouser.

Il saura accepter avec bonne humeur l'invitation à déjeuner des parents de Fanny et un moment de complicité s'établit entre eux devant l’étonnant ragoût que lui présente son hôte. On sent qu'il n'a pas l'habitude de plats aussi peu raffinés.

Quand enfin Fanny accepte la première fois sa demande en mariage, l'expression de son visage est absolument rayonnante. L’acteur a su rendre la joie d'un jeune homme amoureux. C'est un moment de grande tendresse et fraîcheur dans cette période un peu lourde du film.

Quand Fanny reviendra sur sa décision, il saura exprimer sa rage impuissante à n'avoir pas su la conquérir. On sent l'orgueil du mâle blessé dans sa virilité.

Quand il rentrera à Mansfield Park il montrera une dernière fois son chagrin à Fanny et Maria.

Son dépit se reportera sur cette dernière qu'il séduira dans cette version sous le toit même de Sir Thomas. Fanny les découvrira dans le même lit.

Alessandro Nivola est un acteur que je ne connaissais pas et je trouve son jeu agréable d'autant plus qu'il est plutôt joli garçon ce qui ne gâte rien. Il est comme j'aime à le répéter le sale gosse qu'on aime détester.

M. Yates

(Charles Edwards)

Dans cette version le rôle est tellement court qu'il est difficile de donner le moindre commentaire sur le rôle de Charles Edwards.

Les_personnages_feminins :


Fanny Price

(Frances O'Connor)

Une nouvelle fois, je ne serais pas très objective en disant que Frances O'Connor est pour moi une merveilleuse Fanny Price. Elle booste un peu la Fanny que nous connaissons tous dans le livre. Je reconnais que je la trouve peut-être un peu trop dynamique et un peu trop rebelle pour une héroïne de Jane Austen. Le film n'est pas fidèle totalement au livre pourquoi Fanny le serait elle ?

Dans une des scènes ou elle tient tête à son oncle qui veut à tout prix lui faire épouser Henry, elle lui rétorque qu'elle sera heureuse de retourner chez elle car pour une fois elle aura la sensation d'être l'égale de ceux qui sont autour d'elle ; c'est une façon délicate et élégante de lui faire comprendre que son éducation aussi généreuse qu'elle ait été à son égard a eu un coût en matière de vexations quotidiennes.

Les événements à venir lui donneront l'occasion de se venger délicatement mais fermement de la responsable de ces humiliations à savoir sa vieille teigne aigrie de tante Norris.

Tout le long du film, Fanny en voix-off nous lit des passages d'autres œuvres de Jane Austen tout en rédigeant des notes. A la fin du film, on comprendra qu'en fait elle a écrit un livre.

Dès le début du film on sent que Fanny et Edmund sont très amoureux même s'ils ne s'en rendent pas compte. Fanny cherche toujours l’approbation de son cousin et les regards et les hésitations qu'ils ont l'un envers l'autre nous laissent supposer la fin très rapidement.

Cette volonté de nous laisser supposer ce happy-end est d'autant plus présente que les deux autres protagonistes, Henry et Mary Crawford, le disent chacun leur tour dans une scène du film :

Mary à Edmund lors du bal:

Henry à Fanny sur le quai de Porthmouth

Par contre sans vouloir faire un gros développement sur Fanny je reconnais une délicatesse dans l'interprétation de l'actrice et ce dans toutes les scènes ou elle apparaît .

Elle est très expressive et bouleversante dans certaines de ses scènes.

La seule chose que l'on peut regretter dans cette adaptation c'est que Patricia Rozema n'ait pas respecté le caractère intègre et totalement dépourvu de calcul de La Fanny Price de Jane Austen. En effet Fanny est considérée par beaucoup comme le modèle de la force tranquille et de la pureté de sentiment. Et cette acceptation du mariage avec Henry même si elle revient sur sa parole le lendemain lui enlève une partie de cette intégrité morale qui est la sienne. De ce fait on se prend encore plus de pitié ou d'amitié pour ce pauvre Henry Crawford.

Frances O'Connor est jolie sans être trop belle car la jeune beauté ce doit être Mary. Elle joue très justement et le couple Fanny et Edmund est très joliment choisi.

Cette actrice a une expressivité extraordinaire dans le regard avec lequel elle sait faire partager au spectateur ses joies et ses peines.

Mrs. Price et Lady Bertram

(Lindsay Duncan)

L'actrice qui a interprété ces deux rôles est Lindsay Duncan. Il faut quand même avoir l’œil pour le comprendre au départ.

Lady Bertram est riche et s'adonne avec plaisir au joie de l’opium qui lui font voir la vie du bon côté.

(avec le petit chien sur le bras)

Mrs Price est détruite moralement et physiquement, épuisée par des grossesses à répétition.

Malgré cela l’actrice a su rendre justice à chacun des deux rôles avec une véritable performance d'actrice. Les maquilleurs ont du réellement s'amuser sur ce film car la différence est frappante.

Le rôle de Lady Bertram se résume à quelques scènes où on la voit en train de prendre sa dose quotidienne d'opium et comme dans la version de 1983 elle n'a pas vraiment de rôle très important. Quand la comédienne incarne Mrs Price son visage sait prendre une gravité profonde. Une scène est importante quand elle vient dire à sa fille qu'elle a fait un mariage d'amour en épousant M. Price. Elle lui fait comprendre que même avec de l'amour le mariage n'est pas forcément une réussite alors qu'avec un peu d'argent ce serait peut-être plus simple. Elle lui fait comprendre à demi mots que Henry est beau et en plus richement pourvu.

Un beau mariage serait moins triste pour elle. Cette réflexion de sa mère lui fera accepter Henry pour le regretter aussi vite.

Julia Bertram

(Justine Waddell)

Ce petit rôle a été confié à Justine Waddell. Cette actrice originaire d'Afrique du Sud a le tout petit rôle de Julia.

(à droite) (debout)

En effet dans cette version, la lutte fratricide entre Maria et elle est passée sous silence. Elle n'insiste pas trop quand elle comprend que Henry Crawford ne s'intéresse pas à elle. Elle partira avec sa sœur en voyage de noce et on ne la voit que quelques instants dans le film. A la fin quand les personnages se figent pour qu'en voix off Fanny nous raconte la fin de l'histoire, les scénaristes ont ajouté une mention selon laquelle M. Yates se permet de lui envoyer une lettre apparemment à sa grande surprise.

Son rôle est tellement court qu'il est difficile de le juger.

Maria Bertram

(Victoria Hamilton)

Victoria Hamilton s'est vu confier le rôle le moins enviable de cette histoire à savoir celui de Maria. C'est une vraie actrice austinienne car elle s'est produit dans Persuasion et dans Orgueil et Préjugés. C'est par elle que tout arrive et tout fini.

(complètement sous le charme
de Henry Crawford dès le premier regard)

Son attitude plus que sulfureuse et totalement inappropriée surtout en cette période géorgienne en font un personnage peu sympathique malgré son talent. Par dépit et parce que Henry Crawford s’intéresse à sa cousine déshéritée, elle va gâcher son mariage à la première occasion qui se présentera. Elle aurait souhaité avoir le riche mariage qu'elle a eu avec en bonus l'amant qu'elle avait choisi. Pas de chance pour elle, Henry vexé du refus de Fanny, s'en prendra à la première qui se laissera séduire et quelque soit le lieu même si cela se produit chez Sir Bertram.

Elle aura la malchance que Fanny découvre sa liaison et Edmund en étant lui aussi témoin, le scandale est difficilement évitable après la scène de folie de son époux M. Rushworth avec un journaliste londonien.

Susan Price

(Sophia Myles)

Sophia Myles interprète le rôle de Susan la petite sœur chérie de Fanny. Elle est son seul correspondant dans sa famille. C'est à elle que s'adresse Fanny, le rôle de William dans le film ayant été supprimé dans cette adaptaton.

(au millieu)

Fanny lui confie tous ses secrets et elle la fera venir auprès d'elle à la fin du film.

Mrs. Norris

(Sheila Gish)

Ce rôle de mégère est tenu par Sheila Gish. Il faut reconnaître que jouer ce rôle est un performance d'actrice surtout après la carrière qu'elle a connu. Elle joue à merveille le rôle de cette insupportable tante Norris.

Elle prend un malin plaisir à humilier Fanny surtout quand elle a un public. Quand elle fera une remontrance gratuite à Fanny cela aura pour conséquence d'attirer le regard de Henry Crawford sur sa nièce.

(toute la famille est choquée
par sa méchanceté)
(Fanny craque à cause d'elle)

Les conséquences seront désastreuses pour elle et pour sa chère Maria.

Il y a un moment très amusant lors du retour de Fanny à Mansfield Park.

Elle demande avec une méchanceté évidente combien de temps Fanny pense rester au château.

Fanny sans se démonter lui répond : je ne sais pas mais et vous tante Norris ? combien de temps allez vous rester ?

La réaction de sa tante est extraordinaire !!


(elle est prête à mordre)

Sheila Gish sait tout en ayant un sourire éclatant dire les pires horreurs à Fanny et c'est ce qui fait la qualité du jeu de cette grande actrice.

Mary Crawford

(Embeth Davidtz)

Embeth Davidtz fait une délicieuse et exaspérante Mary Crawford. Elle est très belle, sûre d'elle et consciente de sa beauté nettement supérieure à celle des sœurs Bertram et même de Fanny.

Patricia Rozema pour faire ressortir son coté élégant et racé, sa stature élancée et son air supérieur a su lui trouver les costumes et les attitudes nécessaires. Elle porte, au contraire des autres, des robes très élégantes dans des couleurs sombres peu en rapport avec ce que devrait porter une jeune fille célibataire de l'époque géorgienne. Elle apostrophe les hommes, elle fume et son attitude vis à vis de Fanny est pour le moins ambiguë.

Elle tentera de séduire Edmund mais son attitude trop laxiste vis à vis de Henry et Maria sera l'erreur qui le décidera à rompre avec elle et ce en présence de toute la famille Bertram.

Cette scène n'est pas dans le livre mais elle représente bien ce que ressentent Edmund et Fanny qui sont les deux seuls à être restés « purs » dans leurs pensées.

(le regard stupéfait de Edmund et Fanny quand Mary évoque sans remord la mort éventuelle de Tom l'héritier du domaine)
(Edmund vient de lui dire qu'il ne veut plus la voir)

L'actrice joue avec beaucoup de grâce et de finesse ce rôle complexe de femme sûre d'elle mais tout de même bridée par les manières de son époque. Elle a parfois un langage très moderne pour essayer de faire comprendre aux autres le fond de sa pensée au risque parfois de choquer son auditoire.

Mon avis général sur le film :

Vous aurez compris que contrairement à beaucoup de critiques que j'ai pu lire ici ou là, je trouve ce livre assez fidèle à l'esprit du livre. J'ai bien dit l'esprit du livre et non pas le livre en lui même. Oui,il y a des passages complets du livre qui ont disparu comme la ballade chez M. Rushworth. Oui, des personnages comme William ont également été écarté mais au profit d'une présence plus soutenue de sa sœur Susan. Alors quand Patricia Rozema met des passages très durs sur l'esclavage, des scènes de nudité qui choquent les puristes de Jane Austen, je dis pourquoi pas ? Ce qui est plus gênant c'est que nous comprenons dès le début que Edmund et Fanny sont déjà amoureux sans le savoir, le suspens à ce sujet est de courte durée. Par contre ce qui est absolument délicieux se sont les scènes de tendresse entre eux deux. Tout est suggéré, rien n'est dit tout est absolument délicat et les deux acteurs sont superbes.

Dans la version de 1983, ils avaient fait de M. Price un ivrogne, dans celle ci ils ont fait de Mrs Price une souillon qui laisserait les asticots se promener sur la table du déjeuner !!! On est dans une reconstitution historique pas dans un film d'horreur. Là je dis c'est un peu trop. C'est la seule chose qui m'a véritablement gêné dans ce film.

(la bestiole est au milieu de l'image sur la table!!!)

Pour le reste cela reste un très bon film, les décors et les costumes sont très beaux, la distribution me semble parfaite et je crois que Jane Austen elle même aurait aimé ce film.

On commence à sentir un souffle nouveau sur les reconstitutions des livres. En effet la mise en scène est enjouée même si l'histoire est sombre parfois. Un vrai effort a été fait sur les costumes et certains détails comme les robes sombres de Mary nous laissent entendre qu'elle est trop sûre d'elle et qu'elle est prête à tout pour se faire remarquer. Par contraste les tenues de Fanny font ressortir son allure fraîche et ingénue. Les décors sont parfois somptueux sauf la « cabane » des Price et apportent une vraie note esthétique au film. Le scénario a cette grande force de beaucoup suggérer par l'image et ce afin de remplacer les grandes descriptions littéraires des livres.

En résumé : J'aime ce film.

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